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Le peuple soutient les médias de service public

24.04.2026 – Susanne Wenger

Les moyens de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) ne seront pas réduits de moitié: lors de la votation du 8 mars 2026, le peuple et les cantons ont clairement refusé l’«initiative SSR». Néanmoins, il s’agit à présent de déterminer où le groupe audiovisuel public doit faire des économies.

L’initiative «200 francs, ça suffit!» faisait partie des cinq objets soumis au peuple lors d’un dimanche de votation bien chargé. Sur tous les sujets (audiovisuel public, fiscalité, argent liquide et fonds climat), les votants ont suivi les recommandations du Conseil fédéral et du Parlement (voir graphiques). Plus élevée que d’habitude, la participation a atteint plus de 55 %, et l’initiative SSR a particulièrement mobilisé l’opinion. Avec l’Union démocratique du centre (UDC), certains milieux de droite voulaient faire passer la redevance annuelle des ménages de 335 à 200 francs, et en exempter les entreprises.

Le budget de la SSR, qui diffuse dans les quatre régions linguistiques et s’adresse même à la Cinquième Suisse par son offre à l’étranger, aurait ainsi été amputé de moitié («Revue» 1/2026). Toutefois, 61,9 % des citoyens ont refusé l’initiative. Aucun canton ne l’a acceptée, et les Suisses de l’étranger l’ont rejetée à 65,8 %, soit plus nettement encore que la moyenne nationale. Susanne Wille, directrice générale de la SSR, interprète ce résultat comme un «vrai témoignage de confiance». En 2018 déjà, le peuple avait soutenu la SSR en balayant une initiative visant à supprimer la redevance.

Les économies restent de mise

Mais pour la directrice, l’heure n’est pas pour autant à la détente. En effet, la SSR doit économiser 270 millions de francs d’ici 2029, soit 17 % de son budget. Ceci est dû aux baisses des recettes publicitaires et à la réduction de la redevance: avant la votation, le Conseil fédéral avait déjà décidé de ramener progressivement celle-ci à 300 francs dès 2027 et d’en dispenser davantage d’entreprises. Ainsi, les revenus de la SSR vont diminuer malgré le refus de l’initiative, même si ce sera de manière moins drastique. Le conseiller fédéral en charge des médias, Albert Rösti (UDC), qui faisait partie des promoteurs de l’initiative lorsqu’il était encore parlementaire, a présenté cette solution comme un «contre-projet».

L’interprétation du résultat de la votation fait déjà l’objet de vifs débats. Car la concession de la SSR – le mandat que le Conseil fédéral renouvelle régulièrement sur une base légale – arrive à échéance en 2028. Albert Rösti a fait savoir qu’à partir de 2029, la SSR devrait se concentrer davantage sur l’information, la culture et la formation, au détriment du sport et du divertissement.

Mécontentement dans le camp gagnant

Ces plans irritent les vainqueurs du scrutin, pour qui le peuple a plébiscité un service public varié au programme exhaustif. Dans la nouvelle concession, l’offre numérique de la SSR jouera aussi un rôle. Certains groupes de médias privés exigent qu’elle ne constitue pas une trop forte concurrence en ligne. L’exécutif gardera la haute main sur la concession, mais les partis, associations et organisations seront consultés en 2027.

L’impact des mesures d’économie de la SSR sur son offre internationale, notamment la plateforme en dix langues Swissinfo, est encore mal défini. Toutefois, après le Conseil des États à l’hiver 2025, le Conseil national a maintenu au printemps 2026 la contribution fédérale destinée à l’offre internationale. Le gouvernement aurait souhaité y mettre fin dans le cadre d’économies budgétaires de grande envergure. Cette offre est financée à parts égales par des fonds fédéraux et par la redevance de la SSR. La décision du Parlement garantit désormais le maintien des fonds fédéraux.

Bâle suspend le vote électronique après une panne

Lors de la votation du 8 mars 2026, le canton de Bâle-Ville n’a pas pu ouvrir l’urne électronique en raison de problèmes techniques liés aux clés USB nécessaires au décryptage. Ainsi, 2048 voix de Suisses de l’étranger ou en situation de handicap n’ont pas pu être prises en compte. Au moment de boucler ce numéro de la «Revue Suisse», on ignore encore si l’urne numérique pourra être ouverte pour la confirmation officielle des résultats par la Confédération, dans le courant de mars. Les voix manquantes ne changeraient pas l’issue du scrutin, car tous les objets de vote ont obtenu une nette majorité. Mais cette panne a suscité une certaine colère, et n’est pas restée sans conséquences.

Le canton a suspendu les essais d’e-voting jusqu’à la fin de 2026 et a ordonné une enquête externe. Quelques jours après le vote, on a même soupçonné une tentative de fraude volontaire, et le ministère public a ouvert une procédure pénale. Les autorités ont souligné que la panne n’était pas liée au système de vote électronique proprement dit, mais les détracteurs de cette solution y ont vu une confirmation de leur méfiance. Des essais sont actuellement menés dans quatre cantons, soit Bâle-Ville, Saint-Gall, la Thurgovie et les Grisons. 10’300 Suisses de l’étranger votent à Bâle-Ville.
 
 

 

Non à l’initiative SSR

En Suisse, seuls 38,1 % des citoyens ont voté pour l’initiative de l’UDC et de l’Union suisse des arts et métiers. Et tous les cantons ont refusé la baisse drastique de la redevance de radio-télévision, le résultat le plus serré ayant été enregistré à Schwytz. La Cinquième Suisse a exprimé plus clairement que la moyenne nationale son attachement à l’audiovisuel public.

Argent liquide dans la Constitution: Oui au contre-projet

La protection de l’argent liquide («Revue» 5/2025) sera inscrite dans la Constitution, mais pas de la façon exigée par l’initiative, laquelle a été rejetée. Le contre-projet plus modéré du Conseil fédéral et du Parlement a été largement approuvé, comme le montre la carte: 73,4 % de «oui», et un peu moins dans la diaspora.

Non à l’initiative pour un fonds climat

Le peuple ne veut pas constituer un fonds de plusieurs milliards pour la protection du climat: l’initiative des Verts et du PS a été refusée à 70,7 %. La Cinquième Suisse s’est montrée un peu moins réticente, mais a également voté «non». Moins médiatisé que les autres, cet objet («Revue» 1/2026) n’a pas vraiment suscité de débat public.

Oui à l’imposition individuelle

Avec 54,3 % de «oui», le peuple a accepté une réforme fiscale: désormais, chaque personne sera imposée indépendamment de son état civil. La Cinquième Suisse a aussi voté pour, et de manière plus claire encore. La «pénalisation du mariage» est ainsi supprimée, n’en déplaise aux quelques cantons qui avaient lancé un référendum. La réforme devra être mise en œuvre d’ici 2032.

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