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Le peuple retoque deux initiatives

06.02.2026 – Theodora Peter

Les Suisses ne veulent pas d’un impôt sur les successions des grandes fortunes, tel que l’exigeait la Jeunesse socialiste. L’initiative non partisane en faveur d’un service citoyen a également fait naufrage dans les urnes. La Cinquième Suisse aussi a clairement rejeté les deux objets.

Le projet porté par la présidente de la JS, Mirjam Hostetmann, n’a eu aucune chance dans les urnes: l’impôt sur les successions des grandes fortunes qu’exigeait son parti a été rejeté sans appel. Photo Keystone

Sur les deux initiatives populaires qui sont passées en votation le 30 novembre, c’est surtout l’impôt sur les successions qui avait entraîné de vifs débats durant la campagne. Cette initiative de gauche «Pour une politique climatique sociale financée de manière juste fiscalement» visait les successions de plus de 50 millions de francs. Les impôts prélevés sur de tels héritages auraient dû servir à financer des mesures de protection climatique («Revue» 4/2025: Initiative pour l’avenir | Faut-il taxer les ultra-riches pour la protection du climat?). Le projet de la Jeunesse socialiste (JS) s’est fait sévèrement retoquer: plus de trois quarts (78,3 %) des votants l’ont rejeté, et aucun canton ne l’a accepté. Même les grandes villes, d’ordinaire bien disposées à l’égard des initiatives vertes et de gauche, ont dit non, à l’exception de la ville de Berne. Les Suisses de l’étranger ont rejeté l’initiative à 66,6 %, soit un peu moins clairement que la moyenne nationale des votants.

Les auteurs de l’initiative ont mis cet échec sur le compte de la «campagne de diffamation» menée par leurs adversaires. Avec leur «alarmisme ciblé», les partis de droite et les cercles économiques ont tenté de bloquer tout débat sur la concentration des richesses et la crise climatique, écrit la JS: «Quiconque remet en question les privilèges des plus riches doit être intimidé et délégitimé.»

Le camp du non avait mis en garde contre cette «initiative socialiste d’expropriation», estimant que la place financière suisse était en danger. De riches entrepreneurs avaient même menacé de quitter la Suisse si l’initiative était acceptée. D’après les politologues, cette annonce a semé le doute chez nombre de votants. Le comité d’initiative n’a pas réussi à mettre en évidence les avantages de son projet, à savoir plus d’argent pour la protection climatique. Ainsi, c’est surtout la charge fiscale supplémentaire qui a été au cœur du débat.

Des armes inégales

Le comité du non a dépensé une petite fortune dans le combat qu’il a remporté, puisqu’il a investi près de 3,7 millions de francs dans la campagne, financée en majeure partie par l’association faîtière Economiesuisse. Le comité d’initiative, quant à lui, n’a pu compter que sur 400’000 francs.

Le verdict sans appel du peuple devrait provisoirement faire oublier l’idée d’un impôt sur les successions au niveau fédéral. Il y a dix ans déjà, une initiative similaire avait été balayée avec 71 % de non. Reste à savoir si la gauche remettra un jour la question sur le tapis. La JS entend poursuivre sa «lutte pour une protection du climat socialement équitable et contre les inégalités croissantes».

Il est vrai que le 1 % le plus fortuné de la population possède plus de 30 % de la fortune privée totale en Suisse. Les 300 plus riches du pays accumulaient ainsi l’an dernier une fortune totale de 850 milliards de francs – un nouveau record.

La répartition inégale des richesses semble préoccuper aussi les plus fortunés. Ainsi, le milliardaire Alfred Gantner a créé la surprise le jour de la votation en affirmant que les supers-riches devraient payer davantage d’impôts sur la fortune. Aux journaux qui l’ont interviewé, l’investisseur financier – qui s’est enrichi grâce à ses activités de capital-investissement – a déclaré que cela aurait un impact bien plus fort qu’un impôt sur les successions. Lui-même serait prêt à payer davantage d’impôts, car, dit-il, il n’a pas fait fortune «juste comme cela: il [lui] a également fallu beaucoup de chance». Alfred Gantner considère la concentration croissante des richesses d’un œil critique: «Il est intolérable que certains, dans ce pays, possèdent des fortunes colossales, tandis que d’autres ne savent pas comment payer leurs primes d’assurance-maladie et leur loyer.»

Aucune chance pour l’initiative service citoyen

Le dimanche de la votation, la défaite a également été douloureuse pour les auteurs de l’initiative «Pour une Suisse qui s’engage», qui voulaient élargir la définition du service militaire obligatoire et l’étendre à toutes les citoyennes et tous les citoyens suisses sous la forme d’un service citoyen d’utilité publique («Revue» 4/2025 «Service citoyen» | La Suisse vote sur un service citoyen pour toutes et tous
). Le peuple n’a pas voulu en entendre parler: il a rejeté l’initiative avec 84,1 % de non. La Cinquième Suisse a elle aussi refusé clairement l’idée, avec 76,5 % de non.

Pour Noémie Roten, co-initiante et force motrice de l’initiative, ce résultat montre «à quel point il est difficile pour un petit comité issu de la société civile de s’opposer à tout l’establishment politique». En effet, le projet d’un service de milice général a été combattu par plusieurs camps à la fois: la gauche critiquait ce nouveau «service obligatoire» imposé aux femmes, tandis que la droite craignait qu’un service citoyen aux contours aussi larges n’affaiblisse le service militaire classique. L’objectif des partis bourgeois est de toute façon de ramener davantage de jeunes hommes vers le service militaire. Car depuis l’introduction du service civil en 1996, de plus en plus d’hommes choisissent d’effectuer un service d’utilité publique pour la société plutôt que de servir dans l’armée. À l’automne 2025, le Parlement a donc décidé de rendre le service civil moins attrayant, notamment en allongeant la durée des engagements. La fédération pour le service civil Civiva, avec le concours du PS et des Verts, a lancé un référendum contre cet amendement de la loi. S’il aboutit, ce sera à nouveau le peuple qui aura le dernier mot.

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