
De l’étable à la politique mondiale

Entre réussite et étroitesse

Étincelles et pixels

Menue monnaie

Secousses

Le peintre est prêt, mais pas son sujet

Hautes falaises



Certaines caractéristiques rendent la Suisse inimitable: les Alpes, la démocratie directe et, bien sûr, le fromage. Les Suisses qui vivent à l’étranger connaissent bien ce moment hors du temps, celui où l’on tombe sur un morceau de Gruyère, d’Emmentaler ou une plaque de chocolat suisse au supermarché, et où l’on a l’impression, le temps d’un instant, d’être revenu au pays.
Mais à quel point notre alimentation est-elle encore suisse? La réponse est surprenante. La Suisse produit moins de la moitié des aliments qu’elle consomme. Plus d’une calorie sur deux provient directement ou indirectement de l’étranger. Cela étonne d’autant plus que l’agriculture fait partie des images d’Épinal de notre pays: des prés verdoyants, des vaches qui broutent et de petites fermes familiales dans un décor alpin.
Cependant, cette image ne rend compte que d’une partie de la réalité. L’agriculture suisse est tiraillée entre la sécurité de l’approvisionnement, la protection de l’environnement, la rentabilité et les attentes de la société. Ce que nous mangeons n’est plus uniquement une question de goût. Pour certains, consommer de la viande fait partie des traditions, pour d’autres les produits d’origine animale appartiennent au passé. Si la Suisse importe de nombreux aliments, elle exporte son fromage dans le monde entier. Et si elle aime préserver son autonomie, elle est tout de même étroitement liée aux marchés mondiaux, surtout à l’Europe.
Or, c’est bien de tout cela dont il est question dans les accords bilatéraux III négociés avec l’UE. L’objet profond des négociations n’est rien de moins que la fameuse question: quelle proximité la Suisse doit-elle entretenir avec l’UE pour conserver une économie forte, et quelle distance pour se sentir indépendante politiquement? Le débat sur la neutralité tourne lui aussi autour de l’autonomie dans un monde connecté et fragile. Et peut-être n’est-ce pas un hasard si toutes ces questions se cristallisent autour de l’agriculture. Ce qui arrive dans nos assiettes ne dépend pas seulement de la météo, de la terre ou des fermes du Plateau suisse, mais aussi des marchés, des traités et de nos relations avec le monde. La question de l’alimentation est toujours intimement liée à l’orientation politique de la Suisse.

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