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Ursula Hasler | La pure vérité

01.07.2022 – BEAT MAZENAUER

Dans son roman «Die schiere Wahrheit» (pas encore traduit en français), Ursula Hasler déploie une double fiction policière. En juin 1937, Friedrich Glauser rencontre son idole littéraire Georges Simenon dans la station balnéaire de Saint-Jean-de-Monts, sur la côte atlantique française. Les deux écrivains profitent de cette rencontre fortuite pour discuter de leurs stratégies littéraires respectives. Stimulés par cet échange, ils se lancent le défi d’écrire ensemble un roman policier. L’inspecteur Studer, héros de Glauser, rencontre Amélie Morel, amenée par Simenon, qui vient d’envoyer à la retraite son commissaire Maigret.

Cette rencontre imaginaire entre les deux auteurs de polars donne lieu à un jeu littéraire habile, qui fait ressortir leur proximité littéraire. Dans leur travail, Glauser et Simenon étaient d’accord sur le fait qu’un bon polar est bien davantage qu’une énigme s’achevant par un retour à la normale à la fin. «S’il y a énigme», dit Glauser, «c’est plutôt celle que pose le coupable dans son humanité, et qu’il s’agit de décrypter et de comprendre». Dans ce sens, Glauser a découvert très tôt en Simenon son grand modèle. Dans le roman d’Ursula Hasler, les deux hommes se prennent à un jeu qui a pour but de témoigner de leur parenté criminologique.

Au cœur du récit se trouve un homme, retrouvé mort sur la plage par l’infirmière Amélie Morel. Accident ou meurtre? Comme la victime possède les nationalités suisse et américaine et des relations haut placées, l’inspecteur Studer est détaché depuis la Suisse. Tandis que l’enquêteur français, l’inspecteur Picot, se hâte de plaider pour l’accident sur pression de sa hiérarchie, Studer comme Amélie Morel pensent à un crime. De leur propre chef, ils se mettent à la recherche de la «pure vérité».

Pour son roman, Ursula Hasler s’est plongée dans les textes de Glauser et de Simenon de manière à enrober sa fiction de leur ambiance. La compétition entre ces deux limiers donne naissance à une intrigue amusante, qui rappelle à la fois Simenon et Glauser. L’autrice développe sa double fiction en se concentrant tour à tour sur le polar inventé et sur les scènes de conversation dans lesquelles les deux écrivains discutent avec vivacité de leurs stratégies littéraires ou du droit et de la justice. Ainsi, sa rencontre fictive devient une œuvre originale et enjouée se lisant avec bonheur. Elle contient une réflexion stimulante qui éclaire le phénoménal succès actuel des polars et ce que les lecteurs attendent du genre.

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