Walter Matthias Diggelmann naît le 5 juillet 1927 dans un foyer pour mères célibataires et grandit dans les Grisons. À la suite d’un larcin, il s’enfuit en Italie à l’âge de 17 ans mais il est arrêté puis envoyé en Allemagne, où il fait l’expérience de la terreur, des bombardements et de la prison, avant de rentrer en Suisse dépité, mais bien décidé à se faire une place en tant que manœuvre. Malgré ces circonstances accablantes, il fait partie des rares personnalités de sa génération à trouver le courage de critiquer radicalement l’attitude de la Suisse.
Un démarrage difficile
«Ce que tu racontes, et la manière dont tu le fais, tout démontre que tu es un poète», lui assure en 1947 un étudiant à qui il racontait ses expériences. Diggelmann fait immédiatement inscrire «écrivain» sur sa carte d’identité. Jusqu’en 1954, il rédige quelque 17 romans inédits, souvent avec le soutien de la Société suisse des écrivains. Devenu employé de l’aérodrome militaire de Dübendorf, il trouve alors un éditeur pour son roman d’aviation «Mit F 51 überfällig» (Un F-51 n’est pas rentré). «Votre serviteur est fonctionnaire fédéral à la Direction des aérodromes militaires, écrit plus et mieux que jamais, est heureux en mariage et peut renoncer à tout subside», annonce-t-il fièrement à l’écrivain Erwin Heimann. Mais cette confortable béatitude est de courte durée. La confiance que lui inspire la société suisse est fortement ébranlée en 1959: alors rédacteur pour l’agence de relations publiques Farner, il constate à quel point il est facile de manipuler l’opinion des masses.
«Ce n’est pas de moi que parle ce roman, mais il contient le monde que j’aime, dans chaque mot et dans chaque phrase. J’ai commis de graves péchés pour cela, et grandement souffert avant de connaître cette purification. Cela effraiera peut-être certaines personnes. Pourtant je ne prêche nullement le nihilisme, mais la foi, la foi simple, qui vient du ciel et y ramène, loin de toute doctrine.»
Extrait d’une lettre de Diggelmann en 1951, à propos de son roman inédit «Sohn ohne Vater» [Un fils sans père].
Critique de la politique d’asile suisse
Cette expérience lui sert d’inspiration pour son premier roman à succès «Das Verhör des Harry Wind» (L’interrogatoire de Harry Wind), paru en 1962. Son ouvrage de 1965, «Die Hinterlassenschaft» (La succession difficile), dans lequel il cloue au pilori la politique de la Suisse en matière d’asile durant la période de 1933 à 1945, est aussi basé sur son activité dans les relations publiques. Formellement, le livre n’est pas totalement abouti, et l’équivalence établie entre l’antisémitisme des années de guerre et l’anticommunisme de 1956 ne convainc pas grand monde. En outre, Diggelmann commet l’erreur d’autoriser dans l’édition est-allemande des corrections favorables aux dirigeants locaux. Le tollé suscité par cette traîtrise présumée provoque alors ce que Reni Mertens et Walter Marti appellent, dès le titre de leur portrait filmé de 1973, «L’autodestruction de W. M. Diggelmann».
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