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Jost Auf der Maur | Voyage dans les souterrains de la Suisse

15.09.2017 – JÜRG MÜLLER

Le territoire suisse ne cesse de s’étendre: mais pas en surface, sous la terre.

Le pays creuse toujours et encore son sous-sol, battant tous les records en devenant quasiment creux: les tunnels, cavernes, forteresses, abris, bunkers, galeries, hôpitaux, gares bâtis sous terre formeraient une route de près de 3750 kilomètres de long.

Le publiciste Jost Auf der Maur emmène ses lecteurs en voyage dans le secret des sous-sols suisses. Des reportages donnent un aperçu d’un univers dont beaucoup ont déjà entendu parler, mais dont bien peu disposent de connaissances précises. Les rapports de Auf der Maur sur le monde souterrain sont enrichis d’encadrés et d’une rubrique détaillée pour tous ceux qui souhaitent se rendre dans les étages inférieurs de la Suisse. Un nombre surprenant d’installations sont notamment accessibles au public.

L’auteur aborde son sujet de manière détaillée, conserve toujours le regard lucide du reporter professionnel, mais ne craint pas d’exprimer une opinion critique. Il adopte tout d’abord un point de vue historique avant de s’attarder longuement sur des témoignages actuels. Les entretiens avec les mineurs du tunnel de base du Saint-Gothard, qui a été inauguré en 2016, sont impressionnants; un brillant exploit technique, qui présente également des aspects plus sombres. En effet, la construction de tunnels est aujourd’hui encore très difficile, les ouvriers «paraissant tous plus âgés qu’ils ne le sont réellement. Ils s’épuisent en bas», écrit Jost Auf der Maur. Pour lui, il reste incompréhensible «que la Suisse traite encore avec une telle nonchalance la vérité sur le nombre de mutilés, d’invalides et de morts que la construction de la Suisse souterraine a engendré au cours des 150 dernières années». Il ne faut pas seulement comptabiliser les ouvriers qui ont perdu la vie lors d’accidents, mais aussi tous ceux qui sont morts des suites d’une pneumoconiose ou des conditions d’hygiène. Jost Auf der Maur avance le nombre de 10 000 décès et d’au moins 50 000 travailleurs avec des séquelles à vie.

Parmi les points forts du livre, le rapport mentionne le bunker du Conseil fédéral construit sous la colline d’Amsteg durant la Seconde Guerre mondiale et qui n’a jamais été occupé. Il cite aussi le reportage lugubre sur la ville souterraine de Sonnenberg près de Lucerne, l’une des plus grandes installations de protection civile du monde à l’époque de la guerre froide, une structure pouvant accueillir 20 000 hommes, qui a laissé apparaître plein de défauts dès les premiers exercices et qui s’est finalement révélée inexploitable.

Jost Auf der Maur: «Die Schweiz unter Tag. Eine Entdeckungsreise». Édition Echtzeit, Bâle 2017, 139 pages, CHF 33.90

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