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Le peuple retoque l’initiative de l’UDC sur l’immigration

17.07.2026 – Theodora Peter

Le 14 juin, près de 55 % des votants ont refusé l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!» La Cinquième Suisse l’a même rejetée à 70 % des voix. La majorité des Suisses ne veut visiblement pas mettre en jeu la libre circulation des personnes.

Les deux camps ont investi 15 millions de francs en tout dans une campagne de vote électrique.

Avec son «initiative pour la durabilité», le parti anti-immigration de l’UDC voulait faire inscrire dans la Constitution un plafond démographique, suivant lequel la Suisse n’aurait pas dû dépasser 10 millions d’habitants avant 2050. Elle en compte aujourd’hui 9,1 millions. Les autorités auraient donc dû freiner fortement l’immigration dès 9,5 millions d’habitants, un seuil qui, d’après les prévisions, sera atteint d’ici cinq à dix ans. En fin de compte, l’initiative visait la dénonciation de l’accord de libre circulation avec l’UE (Revue 2/2026). 54,8 % des citoyens et la majorité des cantons n’en ont pas voulu. Ils ont suivi les arguments du gouvernement et du Parlement, qui estimaient qu’une acceptation de cette initiative «radicale» aurait mis en péril la prospérité de la Suisse.

Électrique, la campagne de vote a fortement mobilisé la population: la participation a atteint pas moins de 58,9 %. Les Suisses ne s’étaient plus rendus aussi nombreux aux urnes depuis la votation sur la 13e rente AVS. En tout, les deux camps ont investi quelque 15 millions de francs dans la campagne, un record depuis l’introduction de l’obligation de déclarer le financement en 2022. Financièrement parlant, les adversaires du projet avaient l’avantage: ils disposaient d’un budget de 9 millions de francs, contre 6 millions pour le comité d’initiative.

Le rejet de l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» s’est avéré particulièrement fort en Suisse romande ainsi que dans les villes et les agglomérations. L’objet a été bien mieux accueilli en Suisse centrale et orientale (voir carte). La part la plus forte de oui (65,9 %) a été enregistrée dans le canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures, et la part la plus faible (26,5 %), à Bâle-Ville. La proportion des Suisses de l’étranger ayant accepté l’initiative a elle aussi été très limitée (29,8 %). En la rejetant, ces derniers ont suivi les recommandations du Conseil des Suisses de l’étranger.

Les deux camps ont investi 15 millions de francs en tout dans une campagne de vote électrique.

Pour le gouvernement, le peuple soutient la voie bilatérale

Le Conseil fédéral a interprété le verdict du peuple comme un «signal de stabilité, d’ouverture et de fiabilité», comme l’a déclaré le ministre de la justice, Beat Jans (PS), devant les médias à Berne. La population a montré qu’elle souhaitait poursuivre sur la voie bilatérale et qu’elle misait sur la stabilité en période d’incertitudes géopolitiques et économiques, a souligné Beat Jans. À Bruxelles, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pris acte du résultat avec une réserve toute diplomatique: l’UE et la Suisse sont liées par un partenariat fort, a-t-elle écrit sur la plate-forme X: «Nous continuerons à œuvrer ensemble pour moderniser et approfondir notre coopération.»

Les deux parties travaillent actuellement à la ratification du paquet d’accords négocié. En Suisse, le Parlement s’en occupera dès la session d’automne, avant de redonner le dernier mot au peuple (pp. 24–25).

Pour l’UDC, ce refus populaire est un nouveau revers. Il y a six ans, l’initiative «Pour une immigration modérée» échouait déjà dans les urnes avec près de 57 % de non. La nouvelle tentative du plus grand parti de Suisse semblait avoir, au départ, de meilleures chances de succès. Car avec le slogan «Pas de Suisse à 10 millions!», l’UDC mettait le doigt sur une inquiétude partagée par beaucoup. La forte croissance démographique – le pays est passé de sept à neuf millions d’habitants en 25 ans – n’est pas sans conséquence. Les logements, notamment, se font rares, et la forte demande fait exploser les loyers («Revue» 2/2026).

Le dimanche même de la votation, le président de l’UDC, Marcel Dettling, affirmait que ce non «ne résolvait aucun problème» et que les questions soulevées par l’initiative occuperaient encore largement la Suisse ces prochains mois et années. De son côté, le conseiller fédéral Beat Jans assurait que le gouvernement prenait au sérieux les arguments des partisans de l’initiative et renvoyait aux mesures déjà prises, telles que le plan d’action sur la pénurie du logement.

L’UDC jette désormais toutes ses forces dans la bataille contre le paquet d’accords avec l’UE, qu’elle taxe de «traité de soumission». Par ailleurs, le Parlement débattra bientôt de l’initiative pour la protection des frontières, que l’UDC a déposée à l’automne 2025. Pour mettre un terme aux «abus de l’asile», le parti exige une surveillance rigoureuse des frontières suisses et demande que la Suisse n’octroie plus l’asile qu’à 5000 «vrais» réfugiés par année.

Des obstacles accrus pour le service civil

Le 14 juin, les Suisses devaient se prononcer sur un autre objet: une petite majorité de 52,5 % (Cinquième Suisse: 51,9 %) a accepté la modification de la loi sur le service civil. Cette réforme complique l’accès au service civil de sorte à conserver davantage de jeunes gens dans l’armée. Les obstacles accrus concernent surtout les soldats qui veulent quitter l’armée pour devenir civilistes et qui devront désormais effectuer bien plus de jours de service.

Une alliance rassemblant la gauche et les Verts s’était opposée à ce projet au moyen d’un référendum. Pour elle, les nouvelles mesures ne rendraient pas forcément l’armée plus attrayante, mais pousseraient plutôt les personnes concernées à se faire réformer au moyen d’un certificat médical au lieu d’effectuer un service civil profitable à la société.

Non à l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!»

À l’échelle suisse, une minorité de 45,2 % des votants se sont prononcés en faveur de l’initiative de l’UDC. Le soutien a été nettement moins important (29,8 %) au sein de la Cinquième Suisse. La majorité des cantons a rejeté l’initiative, qui voulait plafonner à 10 millions le nombre d’habitants du pays.

Oui à la modification de la loi sur le service civil

Une majorité de 52,5 % des votants ont soutenu la réforme du service civil. Ce service de remplacement du service militaire obligatoire deviendra ainsi moins attrayant à l’avenir. La Cinquième Suisse a accepté le projet à 51,9 %. La double majorité (peuple et cantons) n’était pas nécessaire pour que la loi soit modifiée.

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