Les effectifs de l’armée en danger
«Le service civil n’a jamais été conçu comme une option offerte à tout le monde», souligne le conseiller national centriste Martin Candinas, mais, précise-t-il, comme une exception pour les personnes qui ne peuvent pas effectuer un service militaire pour des raisons de conscience. «Il n’est pas question de choisir le type de service obligatoire que l’on accomplit en fonction de ses goûts ou par commodité», relève-t-il.
Pour le politicien UDC Thomas Hurter, les nombreuses admissions au service civil sont contraires à la Constitution. «Aujourd’hui, on offre de fait une liberté de choix entre le service militaire et civil.» Ce qui, selon lui, met en danger les effectifs de l’armée et, partant, la capacité de la Suisse à se défendre.
«Il n’est pas question de choisir le type de service obligatoire que l’on accomplit en fonction de ses goûts ou par commodité.»
Martin Candinas (Le Centre)
Éviter surtout les changements tardifs
Il est prévu notamment d’accroître les obstacles pour les soldats qui, du service militaire, passent au service civil. En 2023, près d’un tiers des demandes relevait de ce type de cas. À l’avenir, ces personnes devront effectuer au moins 150 jours de service civil. Les cadres de l’armée qui veulent devenir civilistes devront aussi effectuer un service d’une durée 1,5 fois plus longue. Pour conserver des médecins dans l’armée, il est en outre prévu d’interdire les affectations civiles qui requièrent des études de médecine humaine, dentaire ou vétérinaire.
Les individus qui quittent l’école de recrues avant la fin seront quant à eux astreints au service civil la même année: jusqu’ici, ils pouvaient le reporter pendant trois ans.
«Ces obstacles ne renforceront pas forcément l’attrait de l’armée.»
Priska Seiler Graf (PS)
Des durcissements contre-productifs?
Pour l’alliance référendaire, constituée du PS, des Verts, du PEV et d’associations professionnelles, ces «obstacles» ne servent qu’à réduire l’attrait du service civil. «Mais ils ne renforceront pas forcément celui de l’armée», relève la conseillère nationale PS Priska Seiler Graf, qui note qu’il faudrait pour cela d’autres mesures. Pour elle, ce projet est contre-productif: «Il relancera tout au plus le recours au système D, c’est-à-dire à la réforme pour raisons médicales.» Ainsi, les deux organisations manqueront de personnel.
Le service civil est un «pilier porteur de notre société», relève le conseiller national Vert Gerhard Andrey. Des milliers de jeunes effectuent chaque année leur service dans des «secteurs où la pénurie de main-d’œuvre qualifiée est aiguë et s’aggravera encore demain». Et c’est là, affirme-t-il, que les durcissements prévus feront mal, «au détriment de la société et non au profit de l’armée».
Situation des Suisses de l’étranger
En temps de paix, les Suisses de l’étranger sont dispensés du recrutement et du service militaire. Ils peuvent néanmoins se porter volontaires à l’armée, ce qu’ils sont de plus en plus nombreux à faire. En 2025, 114 personnes ont été recrutées à l’étranger, contre 57 en 2021. Sur ces volontaires, certains pourraient aussi devenir civilistes s’ils font état d’un conflit de conscience lors du recrutement ou à l’école de recrues. Mais il devrait s’agir là de cas isolés. (ERU)
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