Elles s’occupent de personnes atteintes de démence, effectuent des travaux agricoles ou fournissent un appui aux enseignants. Entre 6000 et 7000 personnes s’engagent chaque année dans le service civil. C’est trop, affirment le Conseil fédéral et une majorité du Parlement: ce personnel manque à l’armée, qui en a pourtant urgemment besoin. D’autant plus que le contexte politico-sécuritaire s’est dramatiquement détérioré ces dernières années. «À une époque où l’on parle de réarmement, de capacité de mobilisation et de résistance, ces chiffres sont tout simplement scandaleux», s’indigne la conseillère nationale UDC Stefanie Heimgartner. La Suisse, dit-elle, «ne peut plus se permettre de perdre un nombre aussi colossal de soldats de milice». En 2025, les Chambres fédérales ont décidé de compliquer l’accès au service civil et de réduire les admissions à environ 4000 par an, pour un nombre total de jeunes hommes aptes au service d’environ 30 000 à 35 000. Un référendum a été lancé, et une votation aura donc lieu le 14 juin 2026.
Le nombre de civilistes a nettement augmenté depuis que le système a changé en 2008. Auparavant, les aspirants au service civil devaient prouver à une commission qu’ils souffraient d’un conflit de conscience. Ils étaient près de 1700 à être admis annuellement. Au début de 2009, l’examen de conscience a été remplacé par la «preuve par l’acte». Le législateur partait du principe que quiconque était prêt à effectuer 1,5 fois plus de jours de service était de bonne foi. Le service civil dure en effet 368 jours, contre 245 pour le service militaire. Mais pour les partisans de la réforme prévue, l’accès au service de remplacement est devenu ainsi trop facile.
Les effectifs de l’armée en danger
«Le service civil n’a jamais été conçu comme une option offerte à tout le monde», souligne le conseiller national centriste Martin Candinas, mais, précise-t-il, comme une exception pour les personnes qui ne peuvent pas effectuer un service militaire pour des raisons de conscience. «Il n’est pas question de choisir le type de service obligatoire que l’on accomplit en fonction de ses goûts ou par commodité», relève-t-il.
Pour le politicien UDC Thomas Hurter, les nombreuses admissions au service civil sont contraires à la Constitution. «Aujourd’hui, on offre de fait une liberté de choix entre le service militaire et civil.» Ce qui, selon lui, met en danger les effectifs de l’armée et, partant, la capacité de la Suisse à se défendre.
Éviter surtout les changements tardifs
Il est prévu notamment d’accroître les obstacles pour les soldats qui, du service militaire, passent au service civil. En 2023, près d’un tiers des demandes relevait de ce type de cas. À l’avenir, ces personnes devront effectuer au moins 150 jours de service civil. Les cadres de l’armée qui veulent devenir civilistes devront aussi effectuer un service d’une durée 1,5 fois plus longue. Pour conserver des médecins dans l’armée, il est en outre prévu d’interdire les affectations civiles qui requièrent des études de médecine humaine, dentaire ou vétérinaire.
Les individus qui quittent l’école de recrues avant la fin seront quant à eux astreints au service civil la même année: jusqu’ici, ils pouvaient le reporter pendant trois ans.
Des durcissements contre-productifs?
Pour l’alliance référendaire, constituée du PS, des Verts, du PEV et d’associations professionnelles, ces «obstacles» ne servent qu’à réduire l’attrait du service civil. «Mais ils ne renforceront pas forcément celui de l’armée», relève la conseillère nationale PS Priska Seiler Graf, qui note qu’il faudrait pour cela d’autres mesures. Pour elle, ce projet est contre-productif: «Il relancera tout au plus le recours au système D, c’est-à-dire à la réforme pour raisons médicales.» Ainsi, les deux organisations manqueront de personnel.
Le service civil est un «pilier porteur de notre société», relève le conseiller national Vert Gerhard Andrey. Des milliers de jeunes effectuent chaque année leur service dans des «secteurs où la pénurie de main-d’œuvre qualifiée est aiguë et s’aggravera encore demain». Et c’est là, affirme-t-il, que les durcissements prévus feront mal, «au détriment de la société et non au profit de l’armée».
Situation des Suisses de l’étranger
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