Des exportations facilitées pour les entreprises d’armement suisses?
02.10.2026 – Christof Forster
Le Parlement veut assouplir la loi sur le matériel de guerre. Cela stimulerait l’industrie de l’armement et serait important pour la sécurité de la Suisse, avancent les partisans du projet. Ce dernier ayant été attaqué par référendum, une votation populaire aura lieu le 29 novembre 2026.
L’exportation d’armement suisse est un sujet qui déclenche les passions. Pour les partisans bourgeois des assouplissements décidés par le Parlement, l’objectif est de maintenir l’industrie de l’armement du pays, ce que le marché intérieur, trop restreint, n’est pas en mesure de faire. De plus, arguent-ils, la Suisse doit posséder une capacité industrielle suffisante pour pouvoir se défendre.
Ces dernières années, le débat s’est enflammé après des critiques venant de l’étranger à l’égard du régime d’exportation restrictif de la Suisse. Le fait que le Conseil fédéral ait interdit la réexportation vers l’Ukraine de munitions suisses Guépard en 2022, par exemple, a provoqué l’ire de l’Allemagne. Le représentant d’une entreprise d’armement a confié à la NZZ que dans certains pays, on lui répondait sans détours: «No Chinese, no Swiss». Les deux pays seraient désormais mis dans le même sac.
Après des années de débats, le Parlement a décidé, à la fin de 2025, d’assouplir la loi sur le matériel de guerre. Il est prévu que les entreprises suisses puissent livrer des armes à 25 États occidentaux même s’ils sont impliqués dans un conflit armé. Ces pays disposent de systèmes de contrôle équivalents à celui de la Suisse sur les exportations d’armement.
Droit de veto du Conseil fédéral
Le Conseil fédéral pourra interdire l’exportation s’il estime que les intérêts de la Suisse en matière de politique étrangère, de neutralité ou de sécurité sont menacés. Il restera interdit de vendre des armes à des pays qui violent gravement et systématiquement les droits de l’homme ou dans lesquels il y a un fort risque que ces armes soient utilisées contre la population civile du pays. L’idée, ici, est surtout de signaler aux pays européens de l’OTAN que la Suisse est un partenaire fiable.
En 2025, les exportations d’armes suisses ont augmenté de 43 %.
Par ailleurs, la réexportation d’armement sera autorisée: aujourd’hui, les pays doivent demander une autorisation à Berne. Et là aussi, le Conseil fédéral possède un droit de veto. Les exportations directes ou réexportations en Ukraine resteront exclues malgré la révision de la loi, en raison du principe juridique de l’égalité de traitement. Des partis de gauche et des organisations non gouvernementales ont lancé un référendum contre cette révision. L’enjeu, relèvent-ils, n’est pas d’aider l’Ukraine, contrairement à ce qu’affirmaient au départ les partisans de l’assouplissement, mais de faire profiter au maximum l’industrie suisse de la course mondiale à l’armement. En assouplissant ses règles, la Suisse perdrait le contrôle sur ses exportations d’armes. Ainsi, le risque augmenterait de voir des armes suisses atterrir dans des pays comme l’Arabie Saoudite, par exemple.
Une part d’exportation de 0,21 %
En 2025, la Suisse a exporté pour 948 millions de francs de matériel de guerre – surtout des munitions, des véhicules blindés à roues et des armes à feu portatives. Cela correspond à une hausse d’environ 43 % par rapport à 2024 et à une part de 0,21 % des exportations totales de marchandises. Les principaux acheteurs sont l’Allemagne, les États-Unis, la Hongrie, l’Italie et le Luxembourg. Les munitions et leurs composants représentent près de la moitié des exportations, les blindés et leurs composants, un quart, et les armes de tous calibres, 10 %. D’après la Confédération, quelque 14 000 emplois à plein temps sont liés à l’industrie suisse de l’armement, en comptant les sous-traitants.
Vous trouverez l’aperçu des votations du 27 septembre dans le prochain numéro de la «Revue Suisse».
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