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  • Éditorial

Une démocratie en retard

04.02.2021

Elle est suisse, vit en Allemagne, compte 77 printemps et dit participer à toutes les votations fédérales. Hanna Sahlfeld-Singer rend ainsi hommage, scrutin après scrutin, à ce qu’elle a contribué à conquérir de haute lutte.

Elle fait en effet partie du grand nombre de femmes qui se sont battues pour le suffrage féminin en Suisse. Et aussi du petit nombre d’entre elles qui furent élues les premières au Conseil national il y a 50 ans. La photo à la une de ce numéro de la «Revue Suisse» montre le moment de gloire de Hanna Sahlfeld-Singer sous la Coupole fédérale: nous sommes en 1971, et elle prête serment sur la Constitution. Il est vrai que la nouvelle élue a eu un peu de mal à arriver jusque-là, puisque quand elle pénètre dans le Palais fédéral ce jour-là, on la renvoie tout d’abord à l’entrée des visiteurs. L’anecdote en dit long.

De l’Australie (droit de vote des femmes obtenu en 1902) au Yémen (1967), un grand nombre de pays se sont réveillés plus tôt. Pourquoi la Suisse, qui est l’une des plus anciennes démocraties du monde, persista-t-elle aussi longtemps à exclure la moitié du pays – les femmes – de sa vie politique? Ailleurs, ce sont au plus tard les deux guerres mondiales et les bouleversements sociaux qui les accompagnèrent qui entraînèrent ce réveil. En Suisse, cependant, les hommes persistèrent longtemps à croire que le suffrage féminin était une affaire trop audacieuse, inutile et même contre nature. De la pure mauvaise volonté de leur part, affirme l’historienne citée dans notre article «En profondeur».

Autre grand thème de ce numéro: la deuxième vague de la pandémie de coronavirus qui a frappé durement la Suisse. Le pays a passé les fêtes de fin d’année sans grands rassemblements. Des dizaines de milliers de Suisses de l’étranger n’ont pas ou revenir dans leur pays d’origine, ni rendre visite à leur famille ou à leurs amis. Les échanges entre la Suisse et l’étranger se sont donc déroulés par écrans interposés. Mais la technologie ne remplacera jamais de vraies retrouvailles.

Marc Lettau, rédacteur en chef
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