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  • Politique

Une année monumentale pour le tunnel du Gothard

29.01.2016 – Jürg Müller

Le plus long tunnel ferroviaire du monde sera raccordé au réseau en juin 2016. Quelques mois plus tôt, le 28 février, les Suisses se prononceront sur un nouveau tunnel routier. Une initiative qui, dans ce contexte, s’annonce polémique.

Les célébrations prévues pour l’ouverture du monumental tunnel du Gothard seront grandioses: le 1er juin, comme prévu, les trains résonneront à travers le tunnel et l’inauguration du plus long tunnel ferroviaire du monde sera célébrée en grande pompe. L’ensemble du Conseil fédéral et les 246 membres du Conseil national et du Conseil des États ainsi que d’autres personnalités économiques et culturelles seront présents. Mais la liste des invités compte aussi les chefs d’État et de gouvernement de tous les pays limitrophes, le président du Conseil européen Donald Tusk, le président de la Commission européenne Jean-Claude Junker et les ministres des Transports de tous les autres États de l’UE. La population aussi sera de la fête. Coût des festivités: 12,5 millions de francs.

Cet investissement est justifié dans la mesure où le projet de la nouvelle ligne ferroviaire à travers les Alpes (NLFA) est un signal envoyé à l’Europe en faveur du transport des biens et des personnes sur rail. Toutefois, la frénésie des tunnels sur le Gothard est encore loin d’être finie. Après le tunnel ferroviaire du XIXe siècle, le tunnel routier ouvert en 1980 et le nouveau tunnel ferroviaire de base, une quatrième percée du Gothard est déjà prévue pour un deuxième tunnel routier de 2,8 milliards de francs. Le perçage doit commencer en 2020. De l’avis du Conseil fédéral et du Parlement, ce deuxième axe est nécessaire car l’actuel tunnel routier devra être entièrement rénové d’ici 10 ans. Mais une cinquantaine d’organisations et de partis, dont le PS, les Verts, les Vert’libéraux et le Parti évangélique suisse, désapprouvent ce projet contre lequel ils ont lancé un référendum.

Ce n’est pas un hasard si le peuple et les cantons ont inscrit dans la Constitution l’article sur la protection des Alpes en 1994. Il vise à protéger les Alpes des répercussions négatives du transit routier et interdit toute augmentation de la capacité des routes alpines de transit. En 2004, le peuple a aussi rejeté le contre-projet à l’initiative Avanti. Les Suisses ont donc déjà dit non deux fois, directement ou indirectement, à un deuxième tunnel routier dans le Gothard.

Tunnel routier dangereux

Le tunnel routier du Gothard devra être fermé pendant sa rénovation. Disposer d’un deuxième axe routier en lieu et place d’un transport temporaire des voitures et camions par rail, permettra de garantir la liaison routière vers le Tessin et de ne pas gêner les principaux axes routiers européens Nord-Sud. Afin de ne pas menacer la protection des Alpes ancrée dans la Constitution et d’empêcher la hausse du trafic, même après la rénovation du tunnel, il n’y aura toujours qu’une seule voie disponible dans chaque direction. En outre, selon les partisans, il est plus sûr d’avoir deux tunnels sans circulation inverse. Karin Keller-Suter, conseillère aux États PLR de Saint-Gall et membre du comité en faveur du projet, déclare que le tunnel routier du Gothard fait actuellement partie des plus dangereux d’Europe.

Mise sous pression vis-à-vis de l’UE

Pour les opposants, ce projet est un marché de dupes. À plus ou moins long terme, pensent-ils, les capacités seront élargies et la circulation se fera sur deux voies dans les deux sens. Ce concept sera remis en cause dès le premier embouteillage, écrit Jon Pult dans la «Neue Zürcher Zeitung». Le coprésident de l’association «Non au 2e tunnel au Gothard» pense également qu’en matière de politique des transports, un doublement de la capacité routière mettrait la Suisse sous pression vis-à-vis de l’Europe et qu’elle ne résisterait pas longtemps face à l’UE et au secteur des transports et serait contrainte d’ouvrir intégralement le tunnel. Ce doublement de la capacité provoquerait sans tarder une hausse équivalente du nombre de camions en transit. Cela signerait la fin de la protection des Alpes et du transfert du trafic marchandises sur le rail, qui est l’objectif de la NLFA. Quoi qu’il en soit, le tunnel de base du Gothard de la NLFA, dont la mise en service est imminente, est l’infrastructure la plus chère de Suisse.

C’est pourquoi les opposants au projet ne sont pas issus uniquement des milieux de gauche à l’origine du référendum, mais proviennent aussi de la droite. Les cantons de Bâle-Ville et d’Uri sont également contre, ainsi que certaines personnalités politiques du Tessin, comme les maires de Chiasso et de Mendrisio, qui craignent un trafic encore plus élevé qu’aujourd’hui. Toutefois, il existe aussi un comité de gauche favorable au projet dans le Tessin. Les fronts se sont donc établis par-delà les partis.

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