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  • Éditorial

Quelles relations veut-on avec le loup?

03.04.2020 – Marc Lettau

«Oh, grand-mère, comme tu as une horrible et grande bouche!» – «C’est pour mieux te manger!» À peine le loup eut-il prononcé ces mots, qu’il bondit hors du lit et avala le pauvre Petit Chaperon rouge. Lorsque le loup eut apaisé sa faim, il se recoucha, s’endormit et commença à ronfler bruyamment.Nous la connaissons tous, cette effrayante histoire destinée aux petits enfants. Et que leur apprend-elle? À ne jamais faire confiance à un loup!

Au mois de mai, ce conte sera d’actualité en Suisse: les citoyens qui, le plus souvent, ne connaissent le loup que comme un être mystérieux peuplant les fables, devront décider dans les urnes de leurs futures relations avec cet animal sauvage. Ils voteront sur la loi sur la chasse et décideront si le loup, qui est revenu dans les Alpes suisses et le Jura, restera une espèce aussi protégée que possible, ou s’il sera désormais possible d’abattre l’animal – qui tue parfois des animaux d’élevage – à titre préventif.

Le Petit Chaperon rouge joue un rôle dans cette votation, car il s’agit d’une bataille nourrie de belles et terribles projections, d’un scrutin très émotionnel en matière de compréhension de la nature. D’un côté, les citadins qui aiment les animaux, et font du loup le symbole mythique d’une nature sauvage et romantique. De l’autre, les montagnards, qui ne voient dans le loup qu’une bête féroce, réclament une Suisse sans prédateurs et se sentent contraints par les citadins. Un nouveau fossé ville-campagne menace de diviser la Suisse.

Le résultat du vote n’affectera guère le vrai loup. Il reconquiert petit à petit des territoires dans les Alpes et le Jura. Et continuera de le faire, indépendamment des oui et des non inscrits sur les bulletins de vote. Et espérons que ce sera le cas! En pleine crise inquiétante de la biodiversité, alors que la disparition d’espèces, y compris en Suisse, devient de plus en plus patente, le loup incarne aussi le principe de l’espoir: un animal disparu, que l’on avait exterminé, est de retour. Nous nous lançons sur ses traces à la page 6.

Le sujet au cœur de l’initiative dite «de limitation», sur laquelle le peuple suisse devra également se prononcer le 17 mai, est bien loin de l’univers mythique des contes. C’est une initiative qui griffe et qui mord: en cas de oui au projet porté par l’UDC, la Suisse devrait dénoncer l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE (voir p. 10). Les conséquences seraient immenses, notamment pour les 460 000 Suisses vivant dans un pays européen, et qui dépendent tout particulièrement des bonnes relations entre la Suisse et l’UE.

Marc Lettau, rédacteur en chef
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