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«Un Suisse reste toujours un Suisse»

19.05.2017 – Marko Lehtinen

Davide Wüthrich a grandi en Italie. Il s’est installé à Lausanne récemment. Entretien avec le président du Parlement des jeunes Suisses de l’étranger autour des différences entre Suisses au pays et Suisses de l’étranger. Tout un monde.

C’est le thème du prochain congrès des Suisses de l’étranger: «Suisses de l’intérieur et de l’étranger: un monde!» Il s’agit notamment de la perception de la Suisse qu’ont les expatriés. Vous avez vous-même grandi en Italie. Avez-vous l’impression que les Suisses d’Italie voient leur pays autrement que les Suisses de Suisse?

Oui et non. Les personnes qui sont nées et ont grandi à l’étranger voient certainement la Suisse autrement que ceux qui y sont nés. Ceux qui ont vécu en Suisse ont un souvenir précis de la Suisse basé sur des expériences directes, tandis que ceux qui n’ont pas eu cette possibilité la découvrent à travers ce qu’en disent leurs parents, des discussions avec leurs familles, des films, des activités de l’association ou des vacances d’été au pays, comme cela a été le cas pour moi. Cela nous donne l’impression de la connaître, un peu comme une œuvre de Monet ou de Seurat: de loin, on se dit qu’on l’apprécie dans son entier et qu’on en a une vision globale. Mais quand on s’approche, on se rend compte que tout n’est pas comme on l’imaginait.

Vous avez récemment élu domicile à Lausanne. Votre propre point de vue sur notre pays a-t-il changé depuis?

Rentrer en Suisse, pour moi, c’était mettre les impressions que j’avais de la Suisse à l’épreuve de la réalité quotidienne. Je me suis rendu compte que la Suisse était beaucoup plus que le chocolat, le Toblerone, les banques et le fromage à trous, comme on nous le fait croire à l’étranger. C’est un pays au potentiel énorme. Personnellement, j’ai toujours craint que le style de vie suisse soit trop carré pour moi, mais la Suisse romande s’est révélée une agréable surprise en termes de tolérance sociale et de multiethnicité. Malheureusement, à l’étranger, c’est un lieu commun de croire que tous les Suisses sont riches, un peu snobs et individualistes. C’est totalement faux, mais il aura fallu que je vive avec eux et que j’apprenne à les connaître pour rencontrer certaines personnes parmi les plus humbles et affables avec lesquelles j’ai noué des liens d’amitié.

Qu’est-ce qui, dans les caractéristiques de la Suisse, vous plaît ou vous déplaît particulièrement?

J’aime le fait que la Suisse donne l’opportunité aux jeunes de se forger un avenir stable et prospère basé sur le mérite, chose qui devient de plus en plus difficile dans d’autres pays. Et par opportunité, j’entends un travail stable, bien rémunéré, qui permette de développer ses projets à long terme, sans devoir s’inquiéter s’il va y avoir assez d’argent pour finir le mois. En outre, et cela peut paraître banal, j’apprécie beaucoup les paysages et le fait que les gens adorent les activités de plein air. J’aime beaucoup le fait que les gens tiennent à la protection du territoire et qu’on puisse se rendre partout en transports publics. Par contre, je ne me reconnais pas dans le style de vie fortement centré sur la famille, qui se traduit par des magasins fermés le dimanche et l’impossibilité de faire des achats après 19h en semaine. Il manque sûrement un peu de vitalité comparé aux pays méditerranéens auxquels j’étais habitué.

Certains Suisses ont un rapport ambigu vis-à-vis de leurs compatriotes de l’étranger et prônent par exemple l’abolition de la double nationalité. Qu’en pensez-vous?

Personnellement, je pense qu’abandonner la double citoyenneté serait une erreur particulièrement grave. Je suis Italien et Suisse, je ne vois aucune incompatibilité entre les deux nationalités. Un Suisse est et restera toujours suisse, indépendamment de son pays de résidence et de la possession d’un autre passeport. Une double nationalité peut être transmise par un parent étranger, et je trouve égoïste de demander à quelqu’un de renier une partie de son identité. Et puis je trouve que nous devrions apprendre à vivre avec ce multiculturalisme et des doubles ou triples nationalités, parce que, avec la mobilité d’aujourd’hui, les choses ne peuvent qu’«empirer».

D’autres trouvent que les Suisses de l’étranger ne devraient pas avoir le droit de vote, au motif qu’on ne peut pas participer aux décisions d’un pays dans lequel on ne vit pas. Les comprenez-vous?

Oui, leur point de vue me paraît compréhensible dans une certaine mesure. Cela dit, ce n’est pas du tout mon avis. Il y a des votations dans lesquelles les Suisses de l’étranger sont moins impliqués. Toutefois, pour d’autres (sur l’immigration ou sur les rapports avec l’Union européenne notamment) les Suisses de l’étranger sont concernés au même titre que les Suisses de Suisse. Les scrutins servent à dessiner l’avenir du pays, et je suis un partisan convaincu du fait qu’un Suisse de l’étranger a parfaitement le droit de pouvoir rentrer au pays un jour et d’y trouver le système dans lequel il croit et les idéaux dans lesquels il se reconnaît. Et puis, voter est un privilège et non une obligation. Personnellement, si je ne me sens pas concerné ou si je n’ai pas un avis tranché sur un sujet donné, je ne vote pas. Il est de la responsabilité de chacun de décider de voter ou non, et comment. Enfin, en tant que Suisse de l’étranger, le droit de vote est la seule chose qui empêche la classe politique de nous oublier.

Vous êtes président du Parlement des jeunes Suisses de l’étranger, relativement récent. Quels sont vos objectifs principaux?

Notre principal objectif est de faire renaître la motivation des jeunes Suisses de l’étranger à faire partie de la communauté internationale. Les membres des clubs dans le monde, hélas, vieillissent... Il manque un renouveau des générations, et nous, nous espérons contribuer à rajeunir cette grande famille. Nous utilisons les moyens de communication que les jeunes pratiquent le plus comme Facebook ou internet, dans l’espoir de nous adresser au plus grand nombre. Notre but reste de sensibiliser les jeunes aux questions politiques (sans jamais prendre position pour autant), d’informer de ce qui se passe en Suisse et de faciliter la communication entre les personnes qui bougent tout autour du monde.

Le jeune Suisse de l’étranger typique est-il intéressé par la politique et engagé?

Certains oui, d’autres pas. C’est difficile de généraliser. Au cours de ces deux ans de présidence, j’ai rencontré beaucoup de gens fortement intéressés par la politique suisse, mais aussi de nombreux jeunes qu’elle n’intéresse absolument pas. J’ai l’impression que le désintérêt vient très souvent d’un manque d’information ou de l’absence de sentiment d’être concerné. Nous cherchons justement à remédier à ces carences à travers les activités de notre Parlement. Actuellement, nous tentons de stimuler la formation de sous-groupes locaux dans les divers pays, comme il en existe déjà en Italie, en Autriche et au Chili. Nous espérons que de nouveaux pays viendront s’ajouter à la liste.

Qu’avez-vous réalisé avec le Parlement des jeunes jusqu’ici?

Nous sommes une organisation jeune, nous n’avons même pas soufflé notre deuxième bougie, et le but principal de la première année était de nous faire connaître. Il fallait faire savoir aux clubs suisses que nous existons, que nous ne sommes pas nombreux pour l’instant, mais que nous nous activons et que nous avons besoin de tout leur soutien. En parallèle, nous avons commencé à développer un réseau de jeunes Suisses à l’étranger, que nous espérons pouvoir élargir ces prochaines années, surtout notre groupe Facebook et, d’ici peu, ouvrir un site Internet. De plus, nous sommes parvenus à obtenir un siège représentatif au sein du Conseil des Suisses de l’étranger. À partir de la prochaine «législature», nous en aurons jusqu’à trois. C’est un jalon important en soi. À n’en pas douter, motiver les jeunes demande de la persévérance et du dévouement. Nous y mettons toutes nos forces et nous espérons que notre dur labeur portera bientôt ses fruits.

Thème du 95e Congrès des Suisses de l’étranger «Suisses de Suisse et de l’intérieur: un monde!»

L’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) insiste souvent sur l’importance que revêt la perspective extérieure des Suisses de l’étranger pour la Suisse. Au Congrès des Suisses de l’étranger, du 18 au 20 août à Bâle, il s’agira de démontrer concrètement combien la vision des Suisses de l’étranger diffère de celle des Suisses de Suisse, comment les Suisses de Suisse réagissent à cet état de fait et quels sont les avantages concrets de cette perspective particulière. Plusieurs Suisses de l’étranger ont été amenés à donner leur point de vue sur le thème.

Image  Davide Wüthrich,  27 ans, a grandi à Turin. En 2010, il a terminé ses études d’ingénieur à la Faculté des sciences au Polytechnicum de cette ville. Il a ensuite déménagé à Lausanne pour préparer un master en gestion des eaux à l’École polytechnique fédérale. Davide Wüthrich est également président du Parlement des jeunes Suisses de l’étranger.

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