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«Nous sommes le contre-exemple des mises en scène gigantesques»

15.09.2017 – Marc Lettau

Il défend avec ardeur des Jeux olympiques plus honnêtes et moins prétentieux. Dans sa défense de la candidature «Sion 2026», le conseiller aux États bernois Hans Stöckli est toutefois clair: pour que la flamme olympique vienne en Suisse, il faudra disposer d’arguments très solides.

Monsieur Stöckli, vous êtes connu comme un politicien engagé, pas nécessairement comme un passionné de sports. Cette image est-elle fausse?

Elle fait l’impasse sur des éléments essentiels. En tant que maire de Bienne, j’ai réalisé le stade de football et de hockey sur glace le plus moderne de Suisse, la Tissot Arena, et décroché pour cette ville l’organisation de la plus grande manifestation sportive suisse, la Fête fédérale de gymnastique en 2013. Mon épouse et moi-même avons en outre terminé à huit reprises la course des 100 Kilomètres de Bienne. Enfin, je suis titulaire d’un abonnement pour les sports d’hiver à Saas Fee jusqu’en 2030/2031. Je vais donc arpenter les pistes de ski jusqu’à l’âge de 80 ans au moins.

Avoir un abonnement des remontées mécaniques n’explique toutefois pas pourquoi vous militez en faveur des Jeux olympiques.

Ce n’est en effet pas le ski qui m’a convaincu de défendre les Jeux olympiques, mais Fränk Hofer, le directeur de la Fête fédérale de gymnastique. Son idée, qui m’a séduit, est la suivante: si la Suisse souhaite se porter candidate pour organiser des Jeux olympiques, elle doit le faire avec un projet prenant en compte les meilleures infrastructures existantes à l’échelon national, sans considérer les frontières cantonales. Ma première contribution a simplement consisté ensuite à regrouper les projets valaisan et vaudois fusionnés avec celui du canton de Berne. Voilà ce qui a lancé «Sion 2026».

Pourquoi faites-vous ça? En tant que socialiste, vous n’êtes probablement pas insensible aux craintes de vos électeurs face au gigantisme olympique.

Votre avertissement est formulé à raison! Et «Sion 2026» est un refus clair des expériences négatives réalisées lors des derniers Jeux olympiques.

Et vous allez tout mieux réussir?

Nous pouvons affirmer ce qui sera différent – et mieux – si «Sion 2026» est retenu. Nous allons viser résolument les objectifs que le Comité international olympique (CIO) a lui-même formulé dans son programme 2020: des Jeux plus modestes et décentralisés, des Jeux utilisant en premier lieu des installations existantes et des Jeux olympiques d’hiver qui se déroulent là où la neige tombe effectivement.

Vous prenez donc le CIO au mot et misez totalement sur sa politique de développement durable?

Oui, nous allons miser systématiquement sur le développement durable, y compris en ce qui concerne les coûts. Nous affirmons à tous que nous maintiendrons notre cap. Notre candidature repose donc sur l’idée suivante: c’est à prendre ou à laisser, take it or leave it! Il n’y a d’ailleurs aucune raison pour que nous trahissions nos principes. Si le CIO suit sa nouvelle politique, alors notre candidature est d’excellente tenue. Si le CIO cède à nouveau à la tentation de Jeux dispendieux dans les grandes capitales du monde entier, alors nous n’avons aucune chance.

On dirait un roman de gare: de nobles chevaliers suisses souhaitant purifier l’esprit olympique...

Nous ne dictons nullement au CIO la manière de procéder. Il s’avère plutôt que le CIO sait exactement que notre candidature contribue à redonner au mouvement olympique son sens et son authenticité. En clair, «Sion 2026» met en évidence la manière dont le programme de développement durable formulé par le CIO lui-même peut être mis en œuvre. L’échec de «Sion 2026» serait aussi un camouflet cuisant pour le CIO, dont le siège se trouve à Lausanne, donc dans le périmètre de notre projet.

Redonner sens et authenticité à l’olympisme: concrètement, comment «Sion 2026» entend-elle y parvenir?

En ne parlant pas simplement de la candidature olympique, mais d’un projet générationnel. Nous devons nous inscrire dans une période de 20 ans, s’étalant d’aujourd’hui à 2036. Durant ce laps de temps, nous devons d’une part concevoir des Jeux durables et les réaliser avec succès, en mettant aussi tout en œuvre pour qu’ils portent leurs fruits avant, pendant et surtout après les Jeux. Concrètement, cela signifie que nous devons trouver des solutions d’excellence sur le plan énergétique et pratiquement neutre en termes d’émissions de CO2. Cela signifie aussi que le train doit être le principal moyen de déplacement. Et cela signifie justement utiliser presque exclusivement des infrastructures existantes pour le sport et les loisirs.

Des considérations énergétiques et écologiques avant un projet de grande envergure sont une évidence, mais ne constituent pas un «projet générationnel».

Nous ambitionnons davantage et ne pouvons défendre notre candidature que si elle a un impact positif dans de nombreux domaines. Notre candidature olympique doit nous permettre de favoriser un développement fondamentalement positif en Suisse. Il n’est donc pas seulement question de sport. Nos questions sont les suivantes: comment la vie dans l’espace alpin peut-elle être préservée? Comment va évoluer le tourisme tout au long de l’année? Comment des innovations peuvent-elles améliorer la force économique? Comment notre projet générationnel peut-il influencer la santé, la stratégie énergétique et la vie culturelle? Quelle contribution les Jeux peuvent-ils fournir en matière d’intégration?

Vous misez donc sur le renouveau et une envie de changement. Mais pourquoi donc se servir de l’olympisme pour y parvenir? Ce n’est pas un moyen très «maniable».

Très bonne question. Je me base sur ce que j’ai vécu. J’ai eu la chance de vivre une première fois cet élan en participant à l’aventure d’Expo.02. Depuis lors, je suis intimement convaincu que seuls de tels projets d’envergure peuvent amener, accélérer ou renforcer nombre de développements importants et formes de collaboration. La candidature «Sion 2026» regroupe cinq cantons et 22 villes et communes. Sur le plan organisationnel, le défi est de taille. Cela représente aussi une immense opportunité, car les événements majeurs développent une force unificatrice. Mais cela signifie aussi que des Jeux olympiques pour le Valais uniquement ne suffisent pas; il faut que ce soit un événement majeur pour toute la Suisse.

Les Suisses ne soutiennent les Jeux olympiques que si les considérations écologiques sont réglées. Personne ne veut que les Alpes soient domptées comme la nature l’a été à Sotchi.

Les exemples comme Sotchi présentent de lourds handicaps. Nous, en revanche, avons de très bons arguments et pouvons déjà présenter des faits convaincants. Notre projet est réalisé à 80 % sur la base d’installations existantes et les exceptions sont connues: il faudrait construire un grand tremplin provisoire à Kandersteg. Il faudrait également un site pour le patinage de vitesse, car ce sport n’est pas répandu en Suisse, ce qui est dommage. Les médailles à remporter y sont en effet nombreuses.

Imaginons que «Sion 2026» soit retenu et que l’inévitable se produise alors: sous la pression, les beaux principes finissent aux oubliettes et des Jeux habituels, donc déficitaires, sont organisés?

Lorsque des décisions ont été prises par le Parlement et le peuple, il est nettement plus aisé de résister à la pression – même venant du CIO. Voilà pourquoi ces décisions démocratiques revêtent une telle importance. L’essentiel est que notre projet tire une ligne claire, que nous ne pouvons franchir, faute de quoi nous perdrions toute crédibilité.

Par le passé, le corps électoral a déjà torpillé nombre de projets de Jeux olympiques. Craignez-vous un tel revers?

Pas du tout. En Valais, les électeurs ont déjà approuvé à trois reprises les Jeux olympiques. En outre, une médaille olympique enthousiasme en général tout le pays. Nous montrons au monde entier que nous, la Suisse démocratique, nous pouvons organiser des Jeux olympiques d’hiver simples, modestes, non dispendieux mais excellents sur le plan sportif. Nous sommes le contre-exemple des mises en scène gigantesques et dispendieuses.

Tentons le pronostic: si «Sion 2026» remporte la mise, la Suisse ne gagnera aucune médaille en patinage de vitesse, comme toujours. Que gagnera-t-elle?

Elle gagnera en visibilité en tant que nation pouvant jouer à la perfection un rôle d’hôte. Elle gagnera en confiance, car elle répond avec de tels Jeux à une promesse élevée de durabilité. Et elle gagnera en reconnaissance, car elle y parviendra sans dépassement budgétaire.

www.sion2026.ch

Entre vision et opposition

La candidature de «Sion 2026» est fondée sur un concept de Jeux olympiques moins grandioses. Au lieu de tout concentrer en un seul lieu et d’y bâtir de nouvelles installations d’une durée de vie limitée, «Sion 2026» souhaite tirer parti des infrastructures existantes dans les cantons de Vaud, du Valais, de Fribourg, de Berne et des Grisons par un concept global et lier le tout dans un projet durable complet. Les chances de succès de «Sion 2026» sont encore incertaines, tout d’abord en raison des diverses votations populaires à venir et du scepticisme des Suissesses et des Suisses vis-à-vis des Jeux olympiques en Suisse, parfois assez important. Au printemps 2017, les citoyens des Grisons ont clairement rejeté le projet de candidature cantonale aux Jeux olympiques, ce qui a allongé la liste des candidatures rejetées en Suisse. Les projets olympiques rejetés par le peuple ont concerné Zurich (votation en 1969), Berne (1969, 2002), le Valais (1963), Vaud (1986) ainsi que – déjà avant le non de cette année – les Grisons (1985, 2013). «Sion 2026» doit donc surmonter au moins deux obstacles: un en Suisse et l’autre dans la course avec ses concurrents. (MUL)

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