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  • Politique

L’intérêt des grands partis pour la «Cinquième Suisse»

27.01.2023 – MARC LETTAU

En vue des élections fédérales de 2023, on note que les plus grands partis réagissent au poids politique croissant de la «Cinquième Suisse». Désormais, ils possèdent tous soit une section internationale, soit un réseau pour les personnes intéressées.

Une douzaine d’hommes et de femmes se sont réunis dans la capitale fédérale à la fin de l’été 2022. Ils ont travaillé dur, mené d’intenses discussions avec leurs pairs en ligne et, à la fin de la séance, ont pris la pose pour un selfie de groupe.

Qu’est-ce qui se tramait là? Le Parti vert’libéral (PVL) fondait sa section internationale, le PVL International. Un pas qui semblait logique au parti, car lors des dernières élections fédérales déjà, en 2019, les candidats vert’libéraux avaient remporté de jolis succès.

Cette fondation en petit comité reflète une tendance plus large: les partis politiques de Suisse comptant le plus d’électeurs accordent une importance croissante au rôle des Suisses de l’étranger. Après le pas franchi par le PVL, les six plus grands partis possèdent désormais tous une section étrangère ou un réseau destiné à leurs membres à l’étranger.

4,7 % par an: telle est l’augmentation moyenne du nombre de votants inscrits dans la «Cinquième Suisse».

Le nombre d’électeurs dans la «Cinquième Suisse» ne cesse d’augmenter

Cela n’est guère surprenant, car le nombre de Suisses de l’étranger qui s’intéressent à la politique et sont inscrits au registre électoral ne cesse d’augmenter. Si l’on comptait près de 181 000 votants inscrits en 2017, il y en avait déjà 218 000 en 2021.

Si cette tendance perdure, il se pourrait que l’on compte 230 000 votants inscrits avant les élections fédérales du 22 octobre de cette année. Cela signifie aussi que, tandis que le nombre des Suisses de l’étranger progresse en moyenne de 1,4 % par an, le nombre de votants inscrits connaît une augmentation plus de trois fois plus forte; cette hausse a atteint en moyenne 4,7 % au cours des quatre dernières années. Cela modifie le poids politique de la «Cinquième Suisse». Si l’on a, pendant des années, comparé le potentiel de celle-ci avec celui du canton de Thurgovie (178 000 votants), elle a désormais rejoint – en termes de nombre d’électeurs inscrits – les cantons du Tessin et du Valais. Autrement dit, en cas de vote serré, les voix de l’étranger peuvent être de plus en plus être déterminantes.

«Sans l’e-voting, la participation aux élections des Suisses de l’étranger est plus basse d’un tiers environ.»

Sandro Liniger

Représentant du PS

Pour les partis politiques, tenir compte de l’électorat de l’étranger reste toutefois complexe. Si les six plus grands partis politiques suisses «investissent» désormais tous dans la «Cinquième Suisse», il n’en reste pas moins que les élections fédérales sont organisées de manière cantonale. Yannik Beugger, du secrétariat général de l’UDC, attire l’attention sur ce point: «La nomination des candidats relève de la responsabilité des partis cantonaux.»

Pas de circonscription électorale

La raison de la prépondérance des partis cantonaux s’explique facilement: la «Cinquième Suisse» ne constitue pas une circonscription électorale; les Suisses de l’étranger ont le droit de vote dans leur canton d’origine. Et ils ne peuvent également se porter candidats que dans ce canton. Ainsi, ils forment globalement un électorat très fragmenté, et non une «unité politique».

L’UDC International, relève Yannik Beugger, a du moins l’intention de rechercher le dialogue avec les partis cantonaux qui pourraient présenter leurs propres listes de candidats suisses de l’étranger.

Le PS, par exemple, a déjà quelque expérience en la matière. Le PS international a mené une campagne électorale autonome en 2019, proposant ses propres listes dans plusieurs cantons, et parvenant ainsi à mettre ses propres thématiques en avant. Lors des élections fédérales de 2023, le PS genevois pourrait miser sur une liste séparée de candidats suisses de l’étranger. Par ailleurs, le PS entend faire la promotion ciblée de listes électorales comptant des candidats issus de la «Cinquième Suisse». En outre, d’après le secrétaire international du PS, Sandro Liniger, le PS veut organiser des manifestations liées à la campagne électorale dans des pays clés.

Les voix «perdues»

Lorsqu’on parle du poids politique de la «Cinquième Suisse», on est obligé d’aborder le sujet qui fâche, à savoir le vote électronique. Actuellement, plus aucun canton ne propose la possibilité de voter en ligne. Ainsi, outre-Atlantique surtout, de nombreuses personnes désireuses de participer au débat politique en Suisse en sont de facto exclues.

Leur voix, souvent, ne peut pas arriver à temps en Suisse par courrier postal. Sandro Liniger, représentant du PS, commente cela ainsi: «Sans l’e-voting, la participation aux élections des Suisses de l’étranger est plus basse d’un tiers environ.» C’est pourquoi le PS international réclame l’introduction du vote électronique.

Il n’est pas le seul à l’exiger. Les Suisses de l’étranger eux-mêmes peuvent aussi faire pression: s’ils s’inscrivaient au registre électoral, la question de savoir comment exercer les droits politiques qui leur sont garantis deviendrait encore plus urgente.

Le formulaire de demande d’inscription au registre électoral peut être téléchargé ici: revue.link/formulaire

 
 
Le plus grand parti de Suisse est actif à l’étranger depuis 30 ans

L’UDC est l’un des premiers partis politiques suisses à avoir mis sur pied des structures à l’étranger. L’UDC International a été fondée en 1992. Celle-ci possède des sections au Costa Rica, en Côte d’Ivoire et en Afrique du Sud ainsi que des contacts au Liechtenstein, en Norvège, en Angleterre et en Hongrie. L’UDC International est présidée par Inge Schütz (Suisse), qui a longtemps vécu en Suède.

Élections 2023: l’UDC International mène actuellement des discussions avec les partis cantonaux dans les cantons qui présentent des listes séparées. La nomination de candidats relève exclusivement de la responsabilité des sections cantonales. Elles sont libres de présenter des candidats de la «Cinquième Suisse» sur leurs listes.

L’UDC s’est clairement imposée comme le parti le plus fort de Suisse en 2019. Son électorat a atteint 25,6 % (2015: 29,4 %). L’UDC possède deux sièges au Conseil fédéral.

Sur Internet: www.svp-international.ch/fr/www.facebook.com/svpinternational

Contact: secrétariat général de l’UDC Suisse, UDC International, info@udc-interrnational.ch

Succès: l’UDC International peut se prévaloir d’avoir assuré l’élection de Magdalena Martullo-Blocher (GR) et de Franz Grüter (LU) au Conseil national en 2015. Les voix de la «Cinquième Suisse» ont été déterminantes. L’UDC International compte aujourd’hui près de 370 membres.

Contenus: l’UDC International déclare avoir pour objectif de rassembler les préoccupations spécifiques des Suisses de l’étranger, qui peuvent différer fortement d’une région à l’autre, et d’y sensibiliser les conseillers nationaux et d’État de l’UDC: «Ainsi, les intérêts des Suisses de l’étranger sont pris en compte dans le processus parlementaire.» L’UDC considère que ses thèmes clés touchent également les Suisses de l’étranger: la sécurité et l’indépendance de la Suisse, la démocratie directe, la neutralité au sens large et la démarcation claire avec l’Union européenne.

Le PS soutient le réseautage international avec ses «antennes»

Le PS possède une section internationale, le PS international, depuis 1999. Elle est présidée par Gaëlle Courtens (Italie) et Pierre-Alain Bolomey (Suisse). En outre, pour encourager les échanges mutuels, le PS international a mis sur pied un réseau d’«antennes du PS», qui réunissent des membres dans un cadre local (Berlin, Bruxelles, Rome, France, Israël) ou contribuent aux échanges entre des membres dispersés géographiquement (Afrique, États-Unis).

Élections 2023: le PS recommande à ses partis cantonaux de présenter aussi des candidats de la «Cinquième Suisse». Le PS genevois prévoit par ailleurs de présenter des candidats suisses de l’étranger sur une liste séparée.

Aux élections de 2019, le PS est resté le deuxième parti le plus fort de Suisse, avec une part d’électeurs s’élevant à 16,8 % (2015: 18,8 %). Il occupe actuellement deux sièges sur sept au Conseil fédéral.

Sur Internet: www.sp-ps.ch/fr/parti/ps-internationale/

Contact: Sandro Liniger, secrétaire international du PS Suisse, sandro.liniger@spschweiz.ch

Succès: outre la mise en place de structures de réseautage, le PS international a soutenu des revendications concrètes. En partant de l’expérience que, sans le vote électronique, la participation de la «Cinquième Suisse» aux élections est inférieure de près d’un tiers, le PS international a présenté plusieurs résolutions en faveur de l’e-voting au sein du PS Suisse. La section a également participé activement aux élections du Parlement européen (2019). Aujourd’hui, le PS international compte près de 150 membres.

Contenus: le PS international a clairement montré son orientation lors des élections fédérales de 2019, puisqu’il a mené une campagne électorale indépendante, axée sur la sécurité sociale, les relations bancaires des Suisses de l’étranger en Suisse, la libre circulation des personnes avec l’UE et la question de la représentation de la «Cinquième Suisse».

 
 
Le PLR intègre la «Cinquième Suisse» depuis des années

Le PLR possède une section internationale depuis 1992. Le PLR International relie les Suisses de l’étranger et expose les préoccupations de la «Cinquième Suisse» aux membres du parti, au groupe parlementaire et au PLR Suisse dans le cadre d’échanges animés. Le PLR International s’engage aussi sur le plan européen et mondial en participant notamment à l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE) et à l’Internationale libérale, et en soutenant les relations internationales du PLR. La présidente du PLR International est Helen Freiermuth (Turquie).

Élections 2023: le PLR International examine, avec le PLR Suisse et les partis cantonaux, la possibilité de présenter des listes de Suisses de l’étranger.

Le PLR, qui possède deux conseillers fédéraux, se place en troisième position lors des élections. Son électorat a atteint 15,1 % en 2019 (2015: 16,4 %).

Sur Internet: www.twitter.com/FDPIntwww.plr-international.comwww.facebook.com/fdp.die.liberalen.international

Contact: info@plr-international.com

Succès: le PLR International considère la mise en place de la Helpline du DFAE, guichet unique pour les Suisses de l’étranger, comme son propre succès. Son lancement a suivi une motion introduite par la conseillère nationale libérale-radicale Martine Brunschwig-Graf (GE) en 2011, sur incitation du PLR International. Le PLR International s’est également investi en faveur de la loi sur les Suisses de l’étranger. Il compte actuellement près 200 membres inscris.

Contenus: le PLR International défend un «libéralisme ouvert sur le monde». En tant que section internationale, il se considère comme «la patrie politique des Suisses libéraux-radicaux de l’étranger». Au sein de son propre parti, il représente les intérêts spécifiques des Suisses de l’étranger et promeut en même temps des solutions libérales au Conseil des Suisses de l’étranger, le «Parlement de la Cinquième Suisse».

Le Centre mise sur un réseau actif plutôt que sur une section étrangère

Le parti «Le Centre» est né en 2020 de la fusion du PDC et du PBD. Ce parti centriste ne possède pas de section étrangère, mais un réseau de sympathisants nommé «Le Centre International». Souvent, les membres de ce réseau sont aussi membres d’un parti cantonal du Centre. C’est un délégué nommé par la présidence du parti qui est responsable du contact avec le réseau et avec les partis alliés à l’étranger. Actuellement, il s’agit de la conseillère nationale Elisabeth Schneider-Schneiter (BL).

Élections 2023: le parti salue la candidature de «personnalités bien implantées» à l’étranger, mais ne donne aucune instruction à ses partis cantonaux à ce sujet.

Ensemble, le PDC et le PBD ont touché une part d’électeurs de 13,9 % (2015: 15,7 %) aux élections de 2019. À présent réunis au sein du parti Le Centre, ils possèdent un siège au Conseil fédéral.

Sur Internet: le site web du réseau est en préparation. Site web du parti: www.le-centre.ch

Contact: international@die-mitte.ch

Succès: certaines personnalités du Centre sont fermement engagées, depuis plusieurs années déjà, dans la communauté des Suisses de l’étranger, le Conseil des Suisses de l’étranger et les instances de l’Organisation des Suisses de l’étranger (qui est actuellement présidée par l’ancien conseiller d’État Filippo Lombardi). Le Centre est également représenté à la présidence du groupe parlementaire des Suisses de l’étranger par la conseillère nationale Elisabeth Schneider-Schneiter. La mise en place du réseau international en 2018 a porté des fruits dès les élections fédérales de 2019. Le Centre du canton du Tessin y avait présenté des candidats de la «Cinquième Suisse» sur une liste séparée.

Contenus: l’une des préoccupations majeures du Centre par rapport aux Suisses de l’étranger est le vote électronique. Le parti souhaite qu’il soit introduit rapidement et durablement pour les Suisses de l’étranger, les documents de vote leur parvenant souvent trop tard. Le Centre ne mène toutefois pas de campagne électorale spécialement axée sur la «Cinquième Suisse». Sa devise à ce sujet est la suivante: «Nous soutenons la cohésion de toute la Suisse: pour nous, la en fait naturellement partie.»

 
 
Internationalité Verte, même sans section internationale

Les Verts ne possèdent pas encore de section internationale. Un sondage est actuellement mené auprès des membres du parti vivant à l’étranger pour savoir comment ils souhaitent renforcer le «travail vert», au sein d’un réseau ou d’une nouvelle section internationale. En même temps, l’internationalité est une réalité pour les Verts suisses, qui font partie du réseau des Verts mondiaux et européens. Leurs manifestations s’adressent toujours aussi aux Suisses de l’étranger.

Élections 2023: le parti recommande à ses sections cantonales de présenter aussi des candidats de la «Cinquième Suisse». Dans le canton de Genève, les frontaliers peuvent à nouveau se présenter sur leur propre liste.

Les Verts ont obtenu de très bons résultats aux élections de 2019. Leur électorat a grimpé à 13,2 % (2015: 7,1 %). Ils ne sont pas représentés au Conseil fédéral.

Sur Internet: www.verts.ch

Contact: les coordonnées des partis cantonaux Verts se trouvent sur www.verts.ch/partis-cantonaux.

Contact des Verts suisses: verts@verts.ch.

Succès: les Verts suisses ne possèdent pas (encore) de section internationale, mais ils accueillent sans doute avec satisfaction les voix des Suisses de l’étranger actifs en politique, qui votent souvent plus vert que l’ensemble des Suisses. Ainsi, la «Cinquième Suisse» s’est montrée très clairement favorable à la loi sur le CO2, qui a échoué de peu dans les urnes. Les Verts considèrent comme un succès direct le fait que les membres de leur parti vivant à l’étranger s’impliquent directement, par exemple dans l’élaboration du programme électoral vert pour 2023-2027: ils montrent ainsi où se situent, du point de vue de la «Cinquième Suisse», les priorités des Verts pour la prochaine législature. En 2019, les Verts du canton de Genève ont présenté des candidats de la «Cinquième Suisse» sur une liste séparée.

Contenus: les Verts suisses misent sur des messages politiques – notamment liés à la protection du climat – qui s’adressent aux électeurs verts vivant tant à l’étranger qu’en Suisse. C’est pourquoi ils renoncent à une campagne spécialement axée sur les Suisses de l’étranger.

Le PVL candidate avec la dernière-née des sections internationales

Le PVL International, fondé en septembre 2022, est la plus récente section internationale d’un des grands partis politiques suisses. Le PVL International entend «répondre au désir des Suisses de l’étranger de s’impliquer plus activement dans la politique suisse, de faire rayonner leurs idées» et, ainsi, de «contribuer à moderniser la scène politique de notre pays». Il est présidé par Thomas Häni (Allemagne).

Élections 2023: le parti souhaite encourager autant de Suisses de l’étranger que possible à se porter candidats pour le PVL aux élections de 2023.

Les Vert’libéraux ont fortement progressé lors des dernières élections fédérales en 2019, leur électorat atteignant près de 7,8 % (2015: 4,6 %). Il s’agit actuellement du sixième parti le plus fort de Suisse. Il n’est pas encore représenté au Conseil fédéral.

Sur Internet: le site web du PVL International est en construction. Le parti est déjà présent sur www.facebook.com/glpinternationalwww.twitter.com/GLPInternation1www.instagram.com/glp_international

Contact: international@vertliberaux.ch

Succès: si le PVL vient de fonder sa section internationale, le soutien qu’il apporte aux candidats de la «Cinquième Suisse» lors des élections n’est pas nouveau. En 2019, par exemple, Franz Muheim (Édimbourg, GB) a remporté un beau succès d’estime aux élections du Conseil national sur la liste du PVL du canton de Zurich, avec près de 45 000 voix. Un bon réseau de Suisses de l’étranger a largement contribué à la naissance du PVL International. Ainsi, Alex Hauenstein, président de la fondation Place des Suisses de l’étranger à Brunnen, avait mené des travaux préparatoires en vue de la création d’une section internationale en 2015 déjà. Le PVL International compte aujourd’hui près de 60 membres et 200 sympathisants.

Contenus: le PVL International se présente comme un «parti tourné vers l’avenir, progressiste, axé sur les solutions et ouvert sur le monde». Il proposera une série de webinaires consacrés à des questions d’actualité de la politique suisse pour familiariser les Suisses de l’étranger avec l’agenda du PVL.

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