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«Der Goalie bin ig!» Un film suisse phénomène, de Sabine Boss

25.09.2014 – Stéphane Herzog

Prix du cinéma suisse pour le meilleur film de fiction 2014, «Der Goalie bin ig!», de la réalisatrice Sabine Boss, est un phénomène. Ce petit bijou a attiré plus de 120?000 spectateurs en Suisse depuis son lancement avec une histoire en flash-backs d’un ancien junkie laissé dans le pétrin par ses amis d’enfance. Le film touche le cœur des Suisses pour plusieurs motifs. Il y a d’abord la langue, le dialecte bernois, qui roule et qui véhicule, dans la bouche du loser magnifique qu’est le Goalie, de petites perles.  Ce sont des aphorismes ou des réparties ciselés par l’auteur suisse avec une mère espagnole Pedro Lenz,  qui a signé (en dialecte aussi) le roman qui inspire ce long-métrage.
Le personnage du Goalie, dont le prénom révélé à la fin est Ernst, est une sorte de contre-héros suisse. C’est un être à la fois naïf et vertueux, une figure christique, parce qu’il expie les péchés des autres sans chercher la vengeance. Enfant, il prend la place d’un binoclard placé aux buts (poste donné à ceux qui ne savent pas jouer au football), alors que celui-ci s’apprête à prendre une raclée. Le Goalie se fait battre à la place du faible et assume son geste, qui plus tard ne lui vaudra aucune sollicitude de la part de celui qu’il a sauvé des coups. Adulte, le Goalie ira en prison pour des gens qui n’en valent pas la peine. Il découvrira que ses anciens amis l’ont utilisé comme un vulgaire appât, mais récusera la violence, préférant l’exil dans la ville (à Berne). Adieu donc Schummertal, adieu Regula, qui a préféré rester à la colle avec un type imbécile et grossier.
En sortant de la salle, on se réjouit d’avoir vu un film suisse, efficace, touchant, et doté d’une certaine puissance universelle, comme toutes les bonnes histoires. Le personnage du Goalie est un «scape goat», mais qui est assez fort pour fuir quand il est temps. Quant à la Suisse dépeinte dans le film, elle n’est pas des plus excitantes, tant les personnages du film sont étriqués et veules, à l’exception notable du flic de la ville, et de Regula, qui ouvre un moment son cœur au Goalie, quand celui-ci lui révélera l’histoire de son surnom.
La réalisation de Sabine Boss est sobre, portée par une musique planante et lancinante, sur fond de steel guitar. On se réjouit de retrouver sur la bande son le groupe Zuri West, héros du rock helvétique dans les années 1980, période à laquelle se déroule l’action.

Stéphane herzog

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