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L’Europe ne fait toujours pas l’unanimité

10.07.2019 – Theodora Peter

Le 19 mai, le peuple a clairement accepté un durcissement de la loi sur les armes. Ce faisant, il s’est aussi prononcé pour que la Suisse reste dans l’espace européen de Schengen. Mais le grand débat sur la politique européenne ne fait que commencer.

Désormais, l’achat d’armes semi-automatiques munies d’un chargeur de grande capacité nécessitera une autorisation spéciale en Suisse. Les armuriers devront déclarer toutes les transactions et les tireurs amateurs faire enregistrer leurs fusils d’assaut auprès des bureaux cantonaux. Le peuple a accepté à 63,7 % la reprise dans la loi suisse d’une directive de l’Union européenne (UE) sur les armes.

Les tireurs n’ont pas été entendus. Mais l’épreuve du feu est encore à venir pour ce qui est des relations avec l’UE. Photo Keystone

Les clubs de tir, associés à l’UDC, se sont opposés sans succès à ce prétendu «diktat» de Bruxelles. Mais la majorité des votants n’a pas voulu mettre en péril la participation de la Suisse à l’espace Schengen. Si le non l’avait emporté, la Suisse aurait risqué d’en être exclue, ce qui aurait eu d’importantes conséquences sur les contrôles aux frontières et la sécurité. La directive sur les armes améliore notamment l’échange d’informations entre les polices des 26 États de Schengen. À l’avenir, le refus d’autoriser un citoyen d’un autre pays membre de Schengen à détenir une arme apparaîtra dans le système d’information.

Une nouvelle initiative de l’UDC vise la libre circulation des personnes

Les observateurs interprètent le oui à la loi sur les armes comme une profession de foi vis-à-vis de la voie bilatérale avec l’UE. Mais le vrai test n’a pas encore eu lieu: l’an prochain, le peuple devra se prononcer sur l’initiative «Pour une immigration modérée», par laquelle l’UDC et l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) entendent dénoncer l’accord de libre circulation des personnes avec l’UE. Le Conseil fédéral craint que cela entraîne l’annulation de tous les traités et remette la voie bilatérale en question.

La Suisse doit clarifier sa relation avec l’UE. Un accord institutionnel est censé permettre le développement des cinq traités bilatéraux existants et ouvrir la voie à d’autres. Le contrat-cadre négocié ne fait toutefois pas l’unanimité en Suisse (Revue Suisse 2/2019). Parmi les écueils figurent notamment les concessions en matière de protection des salaires, qui affaibliraient les mesures d’accompagnement contre le dumping salarial. Les syndicats rejettent ce contrat-cadre. De son côté, l’UDC y voit une menace fondamentale pour notre souveraineté. Berne doit donc trouver un moyen d’amener Bruxelles à renégocier. La décision du gouvernement sur la suite à donner au processus n’est pas encore connue à ce jour. L’UE a cependant jusqu’ici refusé tout net de reprendre les négociations.

Améliorer la position des seniors sur le marché du travail

En politique intérieure, le Conseil fédéral a toutefois déjà émis un signal en faveur de la libre circulation des personnes. Ainsi, la situation des seniors sur le marché de l’emploi doit être améliorée par un programme d’impulsion. De nombreuses personnes de plus de 50 ans avaient accepté l’initiative «contre l’immigration de masse» de l’UDC en 2014 par crainte d’être évincées du marché du travail par des immigrants. Berne veut apaiser ces inquiétudes en étoffant l’assurance sociale: les personnes arrivées en fin de droits percevraient ainsi une rente-pont jusqu’au moment de leur retraite ordinaire.

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