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Un chef de cordée pour négocier avec l’Europe

04.11.2015 – Jürg Müller

Le secrétaire d’État Jacques de Watteville a été désigné en août négociateur en chef avec l’UE. Il lui incombe donc la délicate tâche d’apaiser les tensions entre la Suisse et Bruxelles.

Au Forum St. Peter du Credit Suisse à Zurich, les costumes sombres sont à l’honneur – reflet du charme discret de la corporation des banquiers. Au cœur du quartier des banques, l’Association zurichoise des banques tient son assemblée générale par cette fin d’après-midi de septembre. L’intervenant principal est Jacques de Watteville, secrétaire d’État aux questions financières internationales depuis 2013. Il présente la diplomatie financière helvétique, énumère tous les chantiers réussis et ceux encore en cours. Les banquiers posent des questions critiques, voire très critiques, sur les accords FATCA, sur l’échange automatique d’informations et sur les vols de données bancaires. Jacques de Watteville est dans son élément: à la fois détendu et très concentré, d’une extrême précision, toujours le sourire aux lèvres, il informe, en ajoutant parfois une touche d’humour. Il n’est pas facile d’induire en erreur cet homme qui sait habilement renvoyer la balle au bon moment à son interlocuteur et qui connaît son dossier non seulement dans les grandes lignes, mais aussi dans les moindres détails.

Un négociateur en chef fiable

À l’avenir, ces qualités lui seront encore plus utiles qu’aujourd’hui, tout comme ses capacités d’analyse pointues, sa persévérance en tant que négociateur et son endurance. Âgé de 64 ans, Jacques de Watteville aime la haute montagne (randonnées à skis, alpinisme). Et désormais, il se trouve aussi au sommet de sa carrière professionnelle: ce haut diplomate, grand, mince et au contact personnel chaleureux a été nommé en août négociateur en chef avec l’UE par le Conseil fédéral. Il reste à la présidence du Secrétariat d’État aux questions financières internationales (SFI) mais doit à présent aussi coordonner les négociations dans les sept dossiers en cours avec l’UE. Sa mission dépasse la simple coordination: «Je soutiens les autres négociateurs et, tout en entretenant un contact étroit avec eux, je fais avancer l’intégralité des négociations avec Bruxelles, et assure le respect des priorités et du calendrier», déclare-t-il.

Le Conseil fédéral vise un résultat global. Toutefois, les Bilatérales III ne pourront devenir réalité que si les questions liées à l’Accord sur la libre circulation des personnes sont résolues de manière satisfaisante pour les deux parties (voir l’article sur l’initiative RASA dans ce numéro). Les négociations de ce dossier extrêmement délicat ont-elles vraiment des chances d’aboutir? Face à la «Revue Suisse», Jacques de Watteville se montre confiant: «Il faudra bien trouver une solution. En effet, ni l’UE ni la Suisse ne peuvent se permettre d’échouer. Les dommages seraient bien trop importants pour les deux parties.»

Une excellente réputation

Les éloges anticipés sur Jacques de Watteville sont considérables, également de la part de l’UE. Martin Schulz, président du Parlement européen, a déclaré en septembre à la SRF: «Le nouveau négociateur en chef semble avoir suffisamment d’expérience pour construire les ponts que nous devrons emprunter.» Il s’agit là peut-être de courtoisie diplomatique mais, d’après la NZZ, Jacques de Watteville jouit d’une «excellente réputation dans l’administration, la diplomatie et l’économie». Originaire de Lausanne, il a fait des études d’économie et détient un doctorat en droit. Il est marié – sa femme est d’origine syrienne – et a trois enfants. Sa carrière diplomatique est exemplaire: après ses études et une année au service du CICR au Liban, il est entré au corps diplomatique en 1982. Il a été conseiller diplomatique du ministre des Affaires étrangères Pierre Aubert, puis secrétaire, conseiller à l’ambassade et ambassadeur, notamment à Londres, Damas, Bruxelles et Pékin. Entre 1997 et 2003, il a dirigé la Division des affaires économiques et financières au DFAE. À cette fonction, il a négocié avec l’UE, l’OCDE et les États-Unis et joué un rôle décisif dans l’évolution de la politique internationale de la Suisse en matière de finances et fiscalité. De 2007 à 2012, il a été ambassadeur et chef de la Mission de la Suisse auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Depuis, il est considéré comme un fin connaisseur de la mécanique complexe de Bruxelles.

Jürg Müller est rédacteur à la «Revue Suisse»

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