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  • Éditorial

Sophia veut voter

20.03.2019

Cet éditorial n’a pas été rédigé dans les bureaux bernois de la «Revue Suisse», mais à l’endroit le plus éloigné qui soit: un faubourg tasmanien. Un tel voyage aux antipodes permet de voir les choses sous un autre angle. Ainsi, même le droit de vote dont bénéficient les Suissesses et les Suisses de l’étranger apparaît sous un nouveau jour.

En Suisse, ce droit se retrouve régulièrement sous le feu des critiques. Certains se demandent, par exemple, s’il doit aussi être accordé à celles et ceux qui n’ont jamais vécu dans notre pays. Or il se trouve que cette île lointaine compte une jeune Suissesse qui n’a jamais mis les pieds dans sa patrie, mais exerce tout de même son devoir de citoyenne. Nommons-la Sophia. Cet automne, elle souhaite participer pour la première fois aux élections. Au premier abord, son jugement étonne: voter est «fatigant», les objets lui sont souvent inconnus. Cependant, cette affirmation est vite suivie d’un «mais»... Dès son arrivée, l’enveloppe de Suisse donne lieu à des discussions autour de la table familiale. Sur la Suisse d’aujourd’hui, ses chances et ses défis. Pour la jeune Suissesse de l’étranger, participer à la vie politique ne signifie donc pas juste décider en fonction du pays d’antan à l’origine de son histoire familiale, mais aussi selon la Suisse du présent. En votant, elle devient un peu plus suisse et se rapproche de sa lointaine patrie.

Comment critiquer cette motivation? Toutes les Sophia seront rassurées d’apprendre que la critique ne les vise pas directement, mais qu’elle repose sur notre politique intérieure. En effet, en Suisse, les étrangers, aussi intégrés soient-ils – tels les secondos – peuvent à peine participer à la vie politique. Un quart de la population résidente paie des impôts, mais n’a pas voix au chapitre. Nombreux sont ceux qui y voient un vrai dilemme de la démocratie directe, ce qui peut mener à des regards jaloux en direction des citoyens qui décident depuis des contrées lointaines. Pour tenter de remédier à ce problème, les cantons de Neuchâtel et du Jura ont introduit le droit de vote des étrangers sur le plan cantonal. Les cantons romands, en particulier, permettent à leurs communes d’introduire le droit de vote et électoral des étrangers à l’échelle communale. Cependant, la tendance ne semble pas encore vouloir s’étendre au reste du pays.

Encore une chose: vous souhaitez voter à l’automne, mais ne figurez pas au registre électoral? Ce numéro de la «Revue» vous expliquera comment faire.

Marc Lettau, Rédacteur en Chef

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