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«Roger Federer est une sorte de saint»

31.07.2018

Le sportif le plus aimé des Suisses est-il divin ? C’est la question que la Revue Suisse a posée à deux théologiens fans de sports.

Denis Müller, professeur honoraire de l’Université de Genève, a rédigé «Le football, ses dieux et ses démons». Le Vaudois Olivier Bauer est l’auteur d’un ouvrage sur la religion vouée aux hockeyeurs des Canadiens de Montréal par ses supporters. Que pensent-ils de cette BD, où Roger Federer est prédestiné à une carrière surnaturelle?

«Tout cela est amusant, commente Denis Müller, mais guère crédible. Federer est un champion exceptionnel, mais qui s'est construit patiemment lui-même, avec des hauts et des bas. Il est le résultat d'un apprentissage, d’un don et de circonstances».

Müller place l’amour fou porté par le public au tennisman au registre de la «quasi-religion, qui est une imitation de la religion, et qui reste à distance de la vraie religion (…)».

«Il n’existe pas d’Église Federer, mais de Maradona, si, s’amuse le professeur Olivier Bauer, qui rappelle que le but du tennis est la victoire, donc l’écrasement de l’autre, et que Roger Federer est un produit destiné à remporter de l’argent, ce que ne sont pas les buts d’une religion.» Le théologien relève en outre le caractère démesuré des gains réalisés par les stars du tennis. «Qu’une seule personne accumule autant d’argent constitue une injustice fondamentale.»

Un modèle d’helvétisme

Les aspirations religieuses des Helvètes seraient-elles sublimées dans l’amour de ce sportif, présenté humoristiquement comme le successeur de Jésus. «Jésus est mort sur une croix à 33 ans, répond Denis Müller, et ses exploits étaient d’ordre linguistique ou thérapeutique. À 36 ans, Federer se prépare une deuxième carrière plutôt qu’une résurrection.» L’éthicien rappelle que le tennisman est déjà tombé plusieurs fois. «Il a eu une mononucléose et il échoue parfois devant un joueur mal classé! En fait, Federer nous encourage à être meilleurs, à mieux défendre notre pays, mais tout le monde sait bien quil n’a rien d’un dieu. En théologie, on ne confond pas Jésus de Nazareth avec Dieu lui-même, même en théologie trinitaire, le Christ est le fils de Dieu, le crucifié.»

Olivier Bauer dit qu’on peut interpréter la figure du tennisman suisse avec des instruments théologiques, mais sans appeler au divin. Il rangerait plutôt Federer du côté des saints. «C’est un homme idéal, un modèle à suivre, dans un moment historique où les gens communient dans le sport, alors que par le passé on le faisait plutôt lors de rassemblements patriotiques, comme les fêtes de lutte, ou à l’église.» Le sportif bâlois serait en plus un modèle parfait d’helvétisme. «Il est très consensuel, un peu à l’image de Bernhard Russi. Certains aimeraient d’ailleurs que la Suisse reste comme Federer, qu’elle ne fasse pas trop de bruit.»

SH

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