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  • Politique

La Suisse vire à droite

04.11.2015 – Jürg Müller

Le score de l’Union démocratique du centre (UDC), plus grand parti de Suisse, est en nette hausse. Les petits partis du centre perdent des voix; même la gauche sort affaiblie des élections fédérales.

Après les élections parlementaires du 18 octobre 2015, qui se trouvent être les cinquantièmes, le paysage politique suisse change radicalement. Cet anniversaire électoral est en effet marqué par un résultat historique: depuis l’introduction de la proportionnelle en 1919, jamais aucun parti n’avait compté autant de représentants au Conseil national. La victoire massive de l’UDC est parachevée par la poussée tout aussi importante du nombre de voix des libéraux-radicaux (PLR). Les scores de presque tous les autres partis se sont plus ou moins nettement affaissés. L’issue des élections est particulièrement amère pour les nouveaux partis du centre qui étaient sortis vainqueurs en 2011, notamment le Parti bourgeois-démocratique (PBD) né d’une scission de l’UDC et les Vert’libéraux (pvl).

Les gagnants: l’UDC et le PLR

  • Avec 29,4 %, l’UDC grimpe en nombre de voix. Lors des dernières élections de 2011, elle était tombée à 26,6 % et avait perdu des voix pour la première fois depuis 1987. Aujourd’hui, elle gagne 11 sièges supplémentaires au Conseil national et constitue de loin le plus grand groupe avec 65 élus. Deux personnalités jouent un rôle révélateur: avec l’élection du nouveau venu en politique Roger Köppel, éditeur et rédacteur en chef de la «Weltwoche», l’UDC s’empare du Conseil national avec le plus grand nombre de votes personnels jamais obtenu en Suisse. Par ailleurs, l’ère Blocher se poursuit avec une représentante féminine: Magdalena Martullo-Blocher, la fille de Christoph Blocher, à la tête d’Ems-Chemie, fait son entrée au Conseil national.
  • Après une longue chute de plus de 30 ans, le PLR réussit à changer la tendance. Il passe de 15,1 à 16,4 % des voix et détient désormais 33 fauteuils, soit trois mandats de plus.
  • Le PS conserve certes sa place de deuxième parti le plus fort. Si son nombre de voix reste très stable (18,7 % en 2011 et 18,8 % en 2015), il perd malgré tout trois représentants. Même le président de son groupe, Andy Tschümperlin (Schwytz), n’a pas été réélu.
  • À gauche, le parti écologiste sort laminé. Il faisait déjà partie des perdants en 2011 et dégringole aujourd’hui de 8,4 à 7,1 % en ne sauvant que 11 mandats sur 15.
  • Le PDC aussi est aspiré par la chute des partis centristes. Ce parti traditionnel recule de 12,3 à 11,6 %. Avec seulement un siège en moins, il limite la casse et compte désormais 28 représentants. Il enregistre néanmoins son pire résultat de tous les temps.
  • Le bilan du pvl est amer, surtout par rapport à sa spectaculaire victoire de 2011. Il était alors passé de 3 à 12 fauteuils et engrangeait 5,4 % des voix. Redescendu à 4,6 %, il perd presque la moitié de ses sièges en comptabilisant sept élus.
  • Le PBD, le parti de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, s’effondre également alors qu’il était aussi sorti vainqueur en 2011. Il recule de 5,4 à 4,1 % et ne dispose plus que de sept sièges contre neuf précédemment.

Redéploiement à droite

L’impressionnante victoire de l’UDC, et du PLR, est renforcée par le fait que la droite, si on inclut les petits partis de la Lega dei Ticinesi (deux sièges) et du Mouvement Citoyens Genevois (un siège), dispose à présent de la majorité absolue au Conseil national avec 101 sièges. Cette majorité n’a rien d’automatique. Elle pourrait faire bloc sur les questions économiques, sociales et fiscales, mais restera insignifiante dans d’autres domaines. En matière de politique européenne par exemple, le PLR diverge grandement de l’UDC car les libéraux-radicaux sont clairement favorables à la voie bilatérale.

Face à ces résultats, il ne faut pas oublier que la Suisse a toujours été un pays traditionnellement bourgeois, avec une claire majorité bourgeoise, voire de droite. Autrefois, le paysage politique était dominé à force égale par les radicaux – un parti alors puissant – et les catholiques conservateurs (l’actuel PDC) associés au parti des paysans, artisans et bourgeois (le PAB, devenu l’UDC). Au cours d’un long processus, ces forces se sont redéployées. Aujourd’hui, la droite forte est représentée par l’UDC populiste, et s’inscrit ainsi dans la tendance européenne.

L’effondrement des partis du centre tient surtout à leur absence de contours. Ils n’ont pas réussi à regrouper leurs forces avec le PDC. Il n’est pas exclu non plus que la résurgence des Vert’libéraux et du PBD soit passagère. Il y a toujours eu en Suisse des partis qui enregistrent un certain temps des victoires surprenantes avant de redisparaître. L’Alliance des Indépendants en est un exemple éloquent.

Les problèmes actuels liés aux réfugiés et le renforcement de la politique migratoire qui en découle ont porté un coup fatal aux concurrents de l’UDC. Tous les autres sujets politiques tels que l’environnement, la sortie du nucléaire ou les questions sociales sont passés au second plan, ce qui a aussi pesé sur le résultat des Verts. Les incertitudes sur l’avenir économique ont de nouveau apporté des voix au PLR. En effet, beaucoup d’électeurs se sont réfugiés vers ce parti qui défend traditionnellement des valeurs économiques.

Lien sur l'article "Stabilité au Conseil des États"

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