Nasha Gagnebin, France

Nasha Gagnebin, France

 

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Dans quelle mesure vous sentez-vous lié(e) à la Suisse?

Je me sens lié à la Suisse très fortement puisque je vote à chaque reprise et que je participe aux débats et aux discussions sur le thème des votations et élections sur les réseaux sociaux. Depuis que j’ai obtenu mon droit de vote à mes 18 ans, je n’ai jamais manqué un seul vote ou une seule élection, qu’elle soit cantonale, régionale avec le Conseil du Jura bernois, ou fédérale. J’ai obtenu mon droit de vote quand je vivais en Nouvelle-Zélande pendant une année d’échange AFS et j’ai donc voté la première fois depuis la Nouvelle-Zélande par correspondance. Je continue à voter par correspondance depuis la France, maintenant que j’y vis. Je suis aussi lié à la Suisse fortement parce que j’y ai d’ailleurs encore toute ma famille et beaucoup d’amis qui y vivent et j'y retourne trois à quatre fois par année.

 

Comment la Suisse est-elle perçue à l'étranger/dans votre pays de résidence?

Je me souviens du livre de la journaliste Marie Maurisse qui faisait état de la situation de frontaliers et de Français vivant en Suisse. Je comprends sa logique puisqu’ici, il en va souvent de même pour moi: je pense que la Suisse est relativement bien perçue dans les hautes sphères économiques, diplomatiques ainsi que politiques (et encore, il suffit d’écouter le dernier discours de Jean-Luc Mélenchon à la tribune de l’Assemblée nationale sur l’Accord franco-suisse portant sur l’EuroAirport de Bâle-Mulhouse), mais les discussions de comptoirs à Paris montrent une tout autre image de la Suisse. Les clichés ont la vie dure et le pays est encore considéré comme un pays fermé, xénophobe, conservateur, parfois même raciste. Le passé historique des avoirs nazis est systématiquement remis sur la table et la prospérité de la Suisse ne serait due qu’à l’argent sale de tous les dictateurs qu’elle abrite dans ses banques à la réputation déplorable. Les organismes traitant du sujet tels que «Présence Suisse» semblent décrire une situation positive, mais dans mes cercles d’amis et de connaissances parisiens composés de personnes somme toute cultivées, l’image du pays est, à mon avis et d’après mon ressenti, plus négatif que positif. Il suffit de lire les commentaires de lecteurs sous des articles publiés dans Le Monde, Libération ou même le Figaro pour y lire régulièrement des commentaires haineux envers le pays. Ce n’est pas «la réalité» mais «une réalité» de sentiments peu aimables envers la Suisse.

 

En quoi les accords bilatéraux sont-ils un atout pour la Suisse? Quelles expériences positives ou négatives avez-vous faites dans ce contexte?

Les accords bilatéraux sont un réel atout pour la Suisse. Les Suisses sont tellement habitués aux acquis de ces accords, qu’ils ne voient même plus les avantages dont ils bénéficient. L’UE a certes ses défauts, mais je pense que ses qualités sont bien plus nombreuses. Cela me fait toujours sourire quand mes amis anti-UE se réjouissaient de partir un an à l’étranger en Erasmus. Les Suisses sont bien contents de pouvoir bénéficier de tarifs concurrentiels aériens pour partir en voyage et sont bien contents également de bénéficier de la législation de l’UE sur les compensations financières lors de retards aériens. La mobilité est également importante et intéressante. Je me souviens de mon séjour de tourisme en Turquie. La file d’attente à la douane était interminable. On peut bien prendre conscience de ce qu’est un espace permettant la libre circulation des personnes. Ailleurs, dans l’Espace Schengen, le transit est désormais simplifié, rapide, bien plus fluide qu’avant. J’entends régulièrement des Suisses invoquer l’argent dépensé et «donné» à l’UE. Ils omettent de dire que c’est le prix à payer pour bénéficier d’avantages sans faire partie du club. Ils pensent que le milliard de cohésion est une somme «énorme». Les avantages pour la Suisse sont bien supérieurs à ce milliard de cohésion qui reste une somme relativement modeste dans le budget global de l’Union européenne.

 

Comment ces accords bilatéraux sont-ils perçus dans votre pays de résidence?

La plupart des Français que je connais ont d’abord pensé que la monnaie en Suisse était l’euro et que le pays était membre de l’Union européenne. L’UE est devenue une réalité «banale» pour les gens qui y vivent. Aussi, peu de personnes savent que la Suisse a signé des accords bilatéraux avec l’UE tant, lorsqu’ils y voyagent, ils ne voient pas de différence avec un voyage en Suisse ou un voyage en Belgique depuis la France.

 

Quel est l'intérêt de la libre circulation des personnes pour la Suisse? Qu'est-ce qui pourrait être amélioré sur ce dernier point? Utilisez-vous à titre personnel cette liberté?

La libre circulation est extrêmement importante. La mobilité, aujourd’hui, ne se borne plus à un mouvement infra-suisse de «campagne à ville» ou inversement ou encore d’un mouvement intercantonal mais bel et bien d’un pays à un autre. Évidemment, beaucoup de personnes naissent et vivent ainsi que travaillent dans un seul pays sans jamais déménager à l’étranger de toute leur vie. Mais dans un monde de plus en plus connecté, cette libre circulation sur un tel espace qu’est l’Union européenne est non seulement un bénéfice singulier pour les Suisses mais également un atout pour le pays, ses services, son économie, etc. Quand on parle d’échange, le mot peut impliquer un mouvement allant dans les deux sens. L’UE et la Suisse bénéficient donc de marchés ouverts de façon réciproque. C’est utile et important. Lorsque la Suisse s’est créée, il existait bien des barrières, des monnaies différentes, etc. L’uniformisation a été progressivement mise en place pour soulever les barrières à l’intérieur du pays en 1848. La libre circulation, c’est la même chose pour l’Union européenne. Qui penserait aujourd’hui qu’il serait normal d’avoir des files d’attente lorsque l’on passe avec son auto d’un canton à un autre? Il en va de même au sein de l’UE. La libre circulation est, à mon avis, le point le plus visible et le plus concret dans le bénéfice qu’a apporté l’UE à la vie de tous les jours des citoyens en bénéficiant. Mais le tourisme suisse en bénéficie aussi via l’Espace Schengen. Les bienfaits sont réciproques, pour de larges pans économiques, culturels, etc.
Lorsque j’ai déménagé en France en 2006, j’y suis venu sous accords bilatéraux entre la France et la Suisse. Mais très vite, la libre circulation a été possible avec l’entrée de la Suisse dans l’Espace Schengen et j’ai pu réellement constater les changements facilitant mes trajets. J’ai aussi pu bénéficier de cette libre circulation une fois mes études en cinéma terminées afin de rester en France et d’y commencer un projet professionnel dans l’audiovisuel. Sans libre circulation, les tracas administratifs – et ils sont nombreux en France! – auraient été encore plus chronophages et frustrants.

 

Quels sont à votre avis les avantages d'une double nationalité?

Après plusieurs années vivant en France, j’ai fait une demande de nationalité française. Elle m’a été refusée à deux reprises mais la troisième tentative, en 2013, fut la bonne. Obtenir la nationalité dans un pays dans lequel vous vivez vous offre plusieurs avantages: premièrement, l’implication politique et civique semble plus accessible vu que vous pouvez user des moyens électoraux pour vous prononcer et avoir le sentiment de compter. La double nationalité permet également de supprimer toutes les tracasseries administratives qui s’appliquent à un non-national dans le pays dans lequel on vit. C’est non négligeable en termes de productivité et de gain de temps. Enfin, la double nationalité a l’intérêt, pour moi qui voyage souvent, de pouvoir utiliser soit un passeport soit un autre pour visiter d’autres pays puisque la politique des visas n’est pas toujours la même suivant votre nationalité. Par exemple, lors d’un voyage en Thaïlande, les deux passeports me permettaient de m’y rendre sans frais de visa, mais mon passeport suisse, contrairement au passeport français, me permettait d’entrer dans le pays voisin qu’est le Laos, sans frais de visa non plus. Si je n’avais possédé qu’un seul passeport, le français, des frais auraient dû être payés. Je sais bien que c’est anecdotique mais la vie de tous les jours est faite d’une succession d’anecdotes. La double nationalité permet également de maintenir un lien civique avec l’autre pays que l’on a quitté et renforce le sentiment patriotique qu’on peut avoir envers ses deux ou multiples pays. J’ai en outre ce que l’Inde appelle la «Citoyenneté indienne d’Outre-Mer (OCI) » de par mes origines indiennes avant d’avoir été adopté par une famille suisse en 1981. Si l’Inde ne reconnaît pas un détenteur d’une OCI comme étant un national indien, le terme de «citoyen» est toutefois compris dans le nom. Des pays comme le Royaume-Uni considèrent que le détenteur d’une OCI détient une seconde nationalité. Aussi, je suis fier d’être «tri»-national. Bien sûr, je me fais parfois attaquer sur les réseaux sociaux sur mon «incapacité», d’après certains détracteurs, à être un vrai «patriote». Mais ce ne sont pas leurs révolutions depuis leurs canapés et derrière leurs écrans d’ordinateurs qui m’effraient. Je suis d’où je viens, où je suis, et où je veux aller. Et sans eux, mon voyage ne sera que plus cordial.

 

 

 

From 10-12 August 2018, the 96th Congress of the Swiss Abroad will take place in Visp on the theme of "Switzerland without Europe – Europe without Switzerland". For the occasion, the Organisation of the Swiss Abroad presents portraits of the Swiss abroad related to the congress theme in order to find out more about their impressions of life as Swiss living abroad and their view of international cooperation between their countries of origin and residence.

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