Jacques Van Cranenbroeck, Belgien

Jacques Van Cranenbroeck, Belgique

 

Da die Schweiz ein mehrsprachiges Land ist, haben wir alle Porträtierten gebeten, sich in ihrer bevorzugten Sprache auszudrücken.

 

Dans quelle mesure vous sentez-vous lié(e) à la Suisse?

Viscéralement, et c’est un peu un problème quand on n’a pas la possibilité d’y vivre ne fût-ce que durant quelques mois d’affilée, quand on entend qu’il se trouve des Confédérés qui estimeraient bien de supprimer la double nationalité aux Suisses qui n’ont jamais résidé ou ne résideront probablement jamais dans leur patrie faute d’en avoir les moyens, parce que ceux-ci ne votent pas forcément dans un sens radical. Il se peut d’ailleurs que beaucoup de Suisses de l’étranger ressentent plus intensément leur helvétisme que nombre de concitoyens vivant en Suisse, pour qui le lien est tellement évident et va de soi qu’ils ne se donnent même plus la peine de voter. Pour moi, c’est l’inverse, voter est la manière de manifester mon appartenance à la communauté helvétique et de m’en montrer digne.

 

Quand avez-vous été vraiment fièr(e) de la Suisse ou en avez-vous eu honte pour la dernière fois?

Chaque fois que j’ai l’opportunité d’expliquer à des non-Suisses l’excellence des institutions de la Confédération qui est à mes yeux la forme la plus aboutie de démocratie, je suis très fier d’être un Confédéré. De même, lorsque je peux montrer, par l’exemple, les vertus qui caractérisent le peuple suisse, en particulier le respect, qui est à la base de l’esprit civique, et la volonté de rechercher la perfection dans toutes les actions que l’on entreprend et que l’on peut décrire par cet adage que citait ma grand-mère : tout ce qui mérite d’être fait, mérite d’être bien fait.

Je suis beaucoup moins fier de toutes les manifestations d’une attitude de peuple élu, jaloux de ses privilèges, quand il paraît n’être accueillant que pour les gens fortunés ou quand le respect des règles sert de prétexte pour ne pas faire preuve d’assez d’humanité.

 

Comment la Suisse est-elle perçue à l'étranger/dans votre pays de résidence?

Positivement, pour les produits ou attraits caractéristiques typiques et traditionnels de son territoire ou de ses infrastructures, ferroviaires notamment. Plutôt négativement, dans les cas où certaines attitudes ou positions du peuple ou des cantons ou de l’État sont manifestées publiquement et sont ressenties comme une démonstration réelle ou supposée de protectionnisme, souvent assimilée à de l’égoïsme, de la xénophobie ou d’une volonté de préserver les avantages liés au statut de «paradis fiscal» qui colle à la peau de la Confédération dans l’esprit de beaucoup de Belges, encore une fois à tort ou à raison, sachant que sous certains aspects, la Belgique est sans doute aussi un paradis fiscal (mais dans le cas de la Belgique, cela choque moins une certaine partie de la population belge). Le rejet de l’UE a aussi une résonance particulière dans un pays du Benelux qui est à la base de la création de l’UE.

 

En quoi les accords bilatéraux sont-ils un atout pour la Suisse? Quelles expériences positives ou négatives avez-vous faites dans ce contexte?

À défaut d’une volonté de devenir membre de l’Union européenne, les accords bilatéraux me paraissent une nécessité indispensable à la prospérité de la Suisse. Ceux qui en Suisse s’opposent à une adhésion conditionnée à l’UE et, a fortiori, à l’établissement d’accords bilatéraux se bercent, à mon avis, d’illusions quant à la possibilité de conserver une pleine souveraineté de l’État et de maintenir une prospérité économique et sociale dans un monde globalisé dominé par le libéralisme. Le Brexit constituera peut-être une démonstration en bien ou en mal de l’intérêt qu’il y aurait de faire le choix de l’insularité plutôt que de la solidarité pour défendre au mieux les intérêts nationaux.

À titre individuel en tant que particulier, il est difficile de se rendre compte de l’intérêt de l’existence de tel ou tel accord bilatéral, aussi longtemps que l’on n’est pas personnellement confronté à un problème particulier, et il n’est pas moins difficile de se rendre compte s’il y a éventuellement une relation directe ou indirecte entre un fait constaté et l’existence ou l’absence d’un accord bilatéral. Parmi les réalités qui peuvent être constatées par le quidam: les différences de prix entre certains produits ou services, produits alimentaires ou non, médicaments, prestations de soins de santé, coût des télécommunications, pour ne citer que quelques exemples; dans quelle mesure tel ou tel accord bilatéral a-t-il on non une répercussion sur les discordances constatées? Il est difficile d’en juger! Par contre, la personne qui doit accomplir à titre individuel ou pour le compte d’une entreprise des démarches en vue de pouvoir exercer une activité professionnelle aura certainement une idée plus claire des incidences de tels accords.

 

Comment ces accords bilatéraux sont-ils perçus dans votre pays de résidence?

À mon avis, peu de gens en Belgique sont au fait de l’existence et de la portée de tels accords, sauf dans le cas décrit ci-avant. Les gens n’auront l’attention attirée que dans le cas où une votation trouve un écho dans la presse parce que l’objet a un certain retentissement hors de Suisse: immigration, rejet du principe d’une adhésion à l’UE, par exemple, ou alors dans le cadre d’une affaire de fraude fiscale ou d’évasion de capitaux, encore faut-il qu’une explication soit donnée concernant la relation éventuelle avec un accord bilatéral.

 

Quel est l'intérêt de la libre circulation des personnes pour la Suisse? Qu'est-ce qui pourrait être amélioré sur ce dernier point? Utilisez-vous à titre personnel cette liberté?

Je n’utilise pas cette liberté dans la mesure où je ne travaille pas/n’ai jamais travaillé en Suisse. En tant que Belge (avant de devenir Suisse), j’ai toujours pu entrer et rester en Suisse pour de courts séjours. Je n’ai remarqué de différence qu’à partir du moment où en tant que ressortissant d’un pays «Schengen» l’entrée sur le territoire suisse via un aéroport ne requérait plus la présentation d‘un document d’identité.

L’intérêt me semble avant tout consister en une plus grande souplesse administrative pour les employeurs suisses ou les employeurs étrangers disposant de succursales en Suisse quand ils ont besoin de faire appel à de la main-d’œuvre étrangère. Les travailleurs immigrants ou émigrants, les travailleurs frontaliers ainsi que les étudiants sont certainement les plus concernés par les conditions de libre circulation.

 

Quels sont à votre avis les avantages d'une double nationalité?

Pour moi, il s’agit avant tout d’une satisfaction personnelle, dans la mesure où je me suis toujours senti de cœur et de mentalité plus Suisse que Belge et que c’est le hasard des destinées qui m’a fait, à la naissance, Belge plutôt que Suisse. Ce fut pour moi l’accomplissement le plus important de mon existence – si je fais abstraction des événements de la fie familiale –, quand j’ai pu obtenir la naturalisation facilitée. Ce fut aussi un succès en termes de relations interpersonnelles parce que ce fut l’aboutissement d’une reconnaissance mutuelle avec les amis que je m’étais faits en Suisse et grâce auxquels j’ai pu obtenir cette double nationalité qui me tenait tant à cœur. Ils ont tout d’abord attiré mon attention sur l’existence de cette possibilité et m’ont ensuite soutenu dans cette démarche relativement longue. Ce fut aussi l’occasion de retrouver de lointains cousins. C’est enfin pour moi un sentiment intense de fouler une fois par an la terre de mes ancêtres et de savoir que mes cendres pourront y reposer un jour de plein droit.

Mes seuls regrets tiennent au fait que j’ai eu connaissance de la possibilité d’obtenir la naturalisation facilitée trop tard pour que mes enfants, devenus majeurs, ne soient englobés dans ma démarche, et que par conséquent, tout est à recommencer pour mes deux filles, avant que leurs propres enfants ne soient majeurs, pour que ma descendance redevienne suisse. J’espère qu’elles en auront l’envie et le courage, car mes petits-enfants ne pourront pas prendre la même initiative que moi dès lors que la disposition dont j’ai personnellement bénéficié en tant que petit-fils d’une Suissesse a malheureusement été abrogée depuis le 1er janvier 2018. J’aurais aussi souhaité pouvoir résider pour des séjours de plusieurs mois en Suisse sans formalité, mais le coût du logement risque de rester un obstacle infranchissable.

Pour les plus jeunes, la double nationalité constitue la garantie d’un retour possible au pays de leur vivant, c’est bien l’objectif que je voudrais encore atteindre pour mes descendants.

 

 

 

Vom 10.-12. August 2018 findet in Visp der 96. Auslandschweizer-Kongress zum Thema «Die Schweiz ohne Europa – Europa ohne die Schweiz» statt. Aus diesem Anlass präsentiert die Auslandschweizer-Organisation Porträts von Auslandschweizern verbunden mit dem Kongressthema, um dabei mehr über ihre Eindrücke vom Leben als Schweizer im Ausland und ihre Sicht der internationalen Zusammenarbeit ihres Herkunfts- und Wohnlandes zu erfahren.

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